Les attentats au Royaume-Uni – Tentations ultra-sécuritaires

Dans cet article du Temps, on apprend aujourd’hui que les terroristes présumés des tentatives d’attentats du week end dernier au Royaume Uni seraient des médecins originaires du Moyen-Orient. Le premier, Mohammed Jamil Abdelqader Asha, 26 ans, est un chirurgien diplômé en Jordanie en 2004. Le second, Bilal Abdulla, a été diplômé à Bagdad en 2004: « c’est lui qui avait mené l’attaque contre l’aéroport de Glasgow samedi (mais n’est pas celui qui s’était aspergé d’essence). Tous les deux exerçaient leur profession en Grande-Bretagne. La connexion irakienne est une information capitale, alors que le nouveau premier ministre, Gordon Brown, dément tout lien entre les risques de terrorisme et la guerre en Irak. Cela laisse apercevoir un scénario très différent des attentats du 7 juillet 2005, où trois de quatre kamikazes étaient britanniques », précise le journaliste Eric Albert.

Ces éléments laissent donc penser que les attentats ont été manigancés par une cellule terroristes étrangère. L’échec de l’attentat de Londres laisse de nombreuses pistes aux enquêteurs. Mais fournit aussi toutefois des arguments pouvant raviver fortement les tentations sécuritaires. Lire le reste de cette entrée »

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Tentatives d’attentat à Londres et attentat à Glasgow

Petite revue de presse britannique ce matin, suite aux tentatives d’attentats à Londres ce week end, et suite à celui de Glasgow. Pour le Daily Telegraph, « les sales bombes de Bagdad sont arrivées dans nos rues ». Le journal remarque que celles qui n’ont pas explosé, à Londres et Glasgow, sont du même type que celles qui tuent quotidiennement en Irak. Comme le précise la check list du Monde ce matin, « le quotidien conservateur se félicite des efforts de coordination entre les services de renseignement et les diverses forces de sécurité entrepris depuis les attentats de 2005, mais note que 60 000 jeunes hommes vont, chaque année, visiter leurs familles au Pakistan. Alors que près de 2 000 Britanniques liés à Al-Qaida seraient sous surveillance, le Times, à l’instar de ses confrères, demande à Gordon Brown d’autoriser le recours judiciaire aux écoutes téléphoniques, quitte à suspendre un certain nombre de mesures de défense des droits de l’homme. » Le quotidien insiste aussi fortement sur le fait que tous les Musulmans ne sont pas des terroristes et que nombreux sont ceux qui condamnent ces attentats – et place ainsi le débat sur les enjeux culturels:

« Many Muslims have been alienated from British society by the Iraq war and by public hostility based on the fear that they may be sympathetic to Islamic terrorists. But there are also many Muslims who think terrorism is evil, who are not fundamentalists, who want to create a satisfactory life here. They may well be reluctant to report the nice young man down the road who may, or may not, have joined a terrorist group, but they would be horrified to think that one of their own children could become a bomber.

Terrorism is, inevitably, a running battle of intrigue and intelligence, of recruitment and penetration on both sides. Yet it is always a cultural struggle, a Kulturkampf in Bismarck’s terms. The terrorist seeks to destroy our cultural life, yet our culture has itself a seductive appeal to those who might otherwise become terrorists. Many Muslims resent what they regard as injustices to Islam, but few of them support the massacre of the innocent; most of them want to enjoy the pluralist opportunities of modern Britain.

A cultural struggle can be shaped by technology, as Karl Marx observed, but history does not suggest that it is often decided by technology. Bismarck had the guns, but he lost his struggle against the German Catholic church. Our own culture is deeply flawed; that is what makes us so vulnerable. »

« Le Guardian note pour sa part que depuis 2001, les services de renseignement croulent sous l’argent, et ont recruté des milliers de nouveaux officiers, y compris musulmans, mais qu’il faut aussi que Brown reconnaisse la responsabilité du pays dans le chaos irakien. »

En attendant, Gordon Brown se retrouve dans une configuration quelque peu similaire à celle de Georges Bush en 2001. Tout juste arrivé au pouvoir, il est confronté à la menace terroriste et doit prendre des mesures fortes pour la contrer. Et comme le titre le Times, « Brown boasts that he is a serious man; this is his chance to show it ». Espérons que la répression des droits de l’homme pour des raisons de sécurité ne soient pas trop fortes tout de même.

Budget de renseignement américains

Vu dans la Check List du Monde ce matin:

« En 2003, la société Booz Allen Hamilton emportait un contrat de 2 M $ visant à améliorer les performances des services de renseignement américains. Le Washington Post révèle que le projet a finalement coûté 124 M $ aux autorités. La modernisation des « grandes oreilles » de la NSA a quant à elle été été facturée 1 md $, au lieu des 280 M $ prévus à l’origine. La société impliquée, qui n’avait pas réussi à parfaire le projet, a pourtant emporté le marché suivant, sans être pénalisée. Titrant « Ne privatisez pas nos espions », le New York Times rappelle qu’après la mort de l’URSS, le budget du renseignement US avait chuté de 40 % lors des attentats du 11 septembre 2001, et qu’il fut invité à exercer en « symbiose » avec le secteur privé. Alors que les 2/3 des anciens experts du gouvernement émargent aujourd’hui dans le privé, les effectifs de certaines agences sont, pour plus de la moitié, constitués de consultants privés, qui coûtent deux fois plus cher que les agents fédéraux. Du fait de l’« orthodoxie de la privatisation », 70 % du budget du renseignement US va aujourd’hui dans le privé. »

La violence à Gaza: quelles motivations?

Vu dans la Check List du Monde ce matin:

« L’été sera chaud », prédit Bahaa Balusha, interviewé par Der Spiegel (en anglais). En décembre dernier, sa voiture, et ses enfants de 3, 5 et 8 ans ont été criblés de 250 balles sous ses yeux. Pour ce responsable des services de renseignement du Fatah, le coup d’Etat du Hamas à Gaza est l’œuvre d’une cellule d’Al-Qaida. Craignant une attaque des Etats-Unis, l’Iran et la Syrie chercheraient eux aussi à enflammer Gaza et le Liban, afin d’allumer des contre-feux, et c’est parce qu’Israël et les USA ont coupé les vivres au Fatah que ses militants n’ont pu empêcher la prise de Gaza par le Hamas.

L’International Herald Tribune estime lui aussi que le problème est en bonne partie financier : les responsables des tunnels qui passent sous le Sinaï sont bien plus motivés par le profit que par l’idéologie. Le Temps note d’ailleurs qu’après avoir servi à importer du cannabis et des prostituées de l’Est vers Israël, ils se louent désormais jusqu’à 50 000 $ de l’heure pour charrier l’armement ultramoderne du Hamas.

Der Spiegel relève qu' »ironiquement », la crise humanitaire à Gaza est telle qu’Israël va devoir rouvrir les négociations diplomatiques qu’elle se refusait jusque-là, et depuis un an et demi, à engager avec le Hamas.

Le Fatah Al-Islam: quelles motivations?

Dans cet article de Matthieu Auzanneau, du Monde, on apprend que « selon plusieurs spécialistes du Liban, il est peu probable que cette crise conduise au désarmement de ces camps (de réfugiés), pourtant réclamé par le Conseil de sécurité des Nations unies. »

«  »Fatah, Hamas, chiites pro-syriens et pro-iraniens, sunnites libanais modérés : tous les pouvoirs musulmans de la région se disputent l’influence sur les réfugiés palestiniens, tout en les ménageant. Du coup, depuis la fin des années 1980, plusieurs camps ont pu devenir des sanctuaires pour les prédicateurs salafistes proches d’Al-Qaida », relève Bernard Rougier, ancien professeur de l’Institut français du Proche-Orient. Ce chercheur, qui a passé plusieurs années à étudier la vie dans les camps de réfugiés palestiniens, précise : » Fatah Al-Islam n’est pas un mouvement spécifiquement palestinien. D’ailleurs, ses membres seraient des vétérans de l’Irak, venus de Syrie, d’Arabie saoudite ou du Yemen. »

Le camp de Nahr Al-Bared (environ 31 000 réfugiés) compte aujourd’hui quatre mosquées salafistes. Pour Bernard Rougier, « la dynamique politique est du côté des islamistes, elle n’est plus du côté du Fatah », le parti du président palestinien, Mahmoud Abbas. »

Contrôlés depuis 1968 par les formations politico-militaires palestiniennes, notamment par le Fatah, les douze camps palestiniens du Liban abritent près de 400 000 personnes qui échappent à la souveraineté libanaise, tout en étant privés du droit d’exercer certaines professions à l’extérieur des camps, ou d’y acquérir des biens immobiliers.

DEUX HYPOTHÈSES CONTRADICTOIRES

Dans ce contexte, les motivations du groupuscule Fatah Al-Islam et l’origine de ses soutiens demeurent troubles. Deux hypothèses s’opposent. Selon la première, défendue entre autres par Bernard Rougier, les combattants de Fatah Al-Islam cherchent à faire basculer les sunnites libanais dans la lutte contre l’Occident et ses alliés du gouvernement de Fouad Siniora. Une stratégie qui arrangeraient les partis chiites pro-syriens.

Pour d’autres – en particulier le journaliste américain Seymour Hersh qui, le premier, a défendu cette théorie dans le New Yorker –, Fatah Al-Islam serait une création du gouvernement libanais et de Washington pour contrer le Hezbollah chiite, proche de l’Iran et de la Syrie.

« Cette allégation est séduisante, même si elle n’est pas étayée par des preuves », commente Jihane Sfeir, chercheuse au Collège de France. Cette spécialiste des réfugiés palestiniens souligne : « L’implantation des salafistes est connue depuis plusieurs années. Il peut donc paraître suspect de voir le gouvernement intervenir précisément au moment où l’on s’achemine vers le procès de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri », que la Syrie est soupçonnée d’avoir commandité. »

(…) A Aïn al-Héloué, le plus important des camps de réfugiés au Liban, (…) « la population palestinienne n’est pas partie. Beaucoup redoutent que les choses ne dégénèrent en un conflit inter-palestinien », rapporte Jihane Sfeir. Les principales factions palestiniennes (Fatah, Hamas et FPLP-CG pro-syrien notamment), qui contrôlent depuis des années les différents quartiers d’Aïn al-Héloué, ont décidé de prendre les choses en main, et ont déployé les miliciens des forces de sécurité pour empêcher la reprise des affrontements.

Dans ce jeu complexe, « les réfugiés palestiniens sont encore une fois les premières victimes « , insiste Jihane Sfeir. Pour elle, il y a peu de chance que leur situation s’améliore à l’issue de la crise, « parce que la défiance pour ne pas dire le racisme profond des Libanais, et notamment des chrétiens, à l’égard des réfugiés palestiniens perdurera ».

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Chaker Al-Abssi raconté par son frère

Dans un article publié dans le Monde aujourd’hui et intitulé « De la colère au djihad, le chef du Fatah Al-Islam raconté par son frère », on apprend quelques petits détails sur la vie de Chaker Al-Abssi, qui a vécu à Wehdat (un camp de réfugiés palestiniens au Moyen-Orient), à Amman, en Jordanie. Avant de devenir « commandant du Fatah Al-Islam en guerre contre l’armée libanaise dans un autre camp palestinien, à Nahr Al-Bared« , Chaker était « un enfant qui aimait jouer au ping-pong, doué pour les études ». Il est parti du camp en 1973 en s’engageant dans le Fatah de Tasser Arafat.

Il paraît que  » Wehdat vaut mieux que n’importe quel camp du Liban » selon une cousine de Chaker. Mais c’est un lieu sans espoir. Quarante-quatre ans que j’y vis, sans avoir obtenu de passeport jordanien. » Mais comme le précise l’envoyée spéciale du Monde, Cécile Hennion, « Chaker Al-Abssi, lui, possédait trois passeports : libyen, yéménite et jordanien, avant d’avoir été déchu de cette dernière nationalité en 2003. Les autorités jordaniennes l’ont jugé par contumace et condamné à mort pour son implication dans l’assassinat, à Amman, en octobre 2002, du diplomate américain Lawrence Foley. »

Selon des proches de Chaker, le djihasime international de l’attirait pas. « Sa cause a toujours été la libération de Jérusalem ».

Son frère, « Abdel Razaq, médecin, qui a quitté Wehdat pour Zarqa, un faubourg d’Amman rendu célèbre par Abou Moussab Al-Zarkaoui, le chef défunt d’Al-Qaida en Irak » raconte son parcours à la journaliste: « De la Palestine, Chaker n’a connu que le camp d’Ain Al-Sultan, près de Jéricho. La guerre de 1967 provoque le départ de la famille vers Wehdat, où se trouve une partie du clan Al-Abssi. Chaker a 12 ans et « ce caractère commun à la jeunesse palestinienne des camps qui a vu ses parents humiliés et dépossédés : la colère et la frustration qui conduisent à l’activisme ». Il adhère à une organisation secrète des jeunesses du Fatah et, après son baccalauréat, rejoint l’organisation palestinienne.

« Le Fatah l’aide à obtenir une bourse d’étude en médecine, en Tunisie, en 1973.  » Mais au bout d’un an, il a déclaré qu’il souhaitait étudier une discipline plus utile à la cause palestinienne « , se souvient Abdel Razaq. Chaker veut devenir pilote. Son frère possède une seule photo de lui, posant en uniforme d’aviateur libyen. C’est en Libye que le Fatah lui trouve une place à l’Académie d’aviation où il suit une formation d’au moins trois ans. La période qui suit est floue. Chaker se serait engagé dans la guérilla sandiniste au Nicaragua. »

Puis « il revient au Proche-Orient, se battre aux côtés d’Arafat« , et va au Yemen du Nord en 1982 (lorsque les combattants palestiniens sont dispersés, après le siège israélien de Beyrouth) « où il devient instructeur pour pilotes de chasse. Fin 1983, la discorde s’empare du Fatah. « Chaker reprochait à ses dirigeants d’être corrompus et d’être basés trop loin de la Palestine. Il a rejoint la faction dissidente de Fatah Al-Intifada, dans le camp palestinien de Hajar Al-Assouad, près de Damas », un groupe contrôlé par le régime syrien. »

« Eclate alors la guerre libyo-tchadienne. En signe d’attachement au pays qui l’a formé, il se porte volontaire auprès de l’armée libyenne. Puis s’établit à Tripoli jusqu’à la décision de Mouammar Kadhafi, en 1995, après les accords d’Oslo, de. A partir de là, il effectue des allers-retours au Liban, dans les camps d’entraînement du Fatah Al-Intifada. » « jeter les Palestiniens dans le désert, leur disant qu’ils n’avaient qu’à rentrer chez eux. Mon frère avait obtenu la nationalité libyenne. Personne ne lui demandait de partir. Mais il a vécu cela comme une humiliation et est reparti pour Damas »

« S’opère alors un changement radical. « Chaker est devenu très religieux. Il se rendait à la mosquée tous les jours pour étudier le Coran, qu’il a appris par coeur en trois ans. » Pourquoi ce changement ?  » Les Palestiniens ont essayé le marxisme et le nationalisme arabe. Tout a échoué. Je crois que pour Chaker, l’islamisme était la solution ultime. » Abdel Razaq affirme avoir revu son frère une dernière fois en 2005, à Damas, alors qu’il sortait d’un long emprisonnement en Syrie pour trafic d’armes. Ensuite, il s’est installé à Nahr Al-Bared, au Liban, et a fondé le Fatah Al-Islam. »

« Puis il y a eu les actualités à la télévision, les combats. Et la fièvre dans le camp de Wehdat. (…) « Maintenant, nous attendons qu’il devienne martyr, en espérant que sa mort sera le combustible qui enflammera la cause palestinienne. »

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Liban: les perceptions de la population et les avertissements au gouvernement

Selon Mouna Naïm, envoyée spéciale du Monde à Beyrouth, les attentats récents ont ceci de particulier qu’ils sont, pour la première fois, perpétrés dans des délais très rapprochés. Mais « ils ont ceci en commun qu’ils ont visé des endroits très fréquentés, abritant notamment des centres commerciaux et des lieux de restauration. Ils ont en outre été commis à des heures relativement tardives, à l’aide de charges explosives de puissance quasi égale (entre dix et quinze kilos), ce qui a limité le nombre des victimes – une femme tuée et des blessés plutôt légers. »

« Ces attentats sont de ce fait perçus comme autant d’avertissements par la population et la classe politique, qui redoutent que le pire soit à venir. De l’avis quasi unanime, ils visent par ailleurs à saboter la saison touristique de l’été pour la seconde année consécutive, la guerre de l’été 2006 entre Israël et le Hezbollah ayant anéanti la saison précédente.« 

Elle ajoute que « le fait que ce cycle se soit déclenché le jour même où s’engageait, dans le nord du pays, un combat sans merci entre l’armée libanaise et le groupe Fatah Al-Islam, à l’initiative de ce dernier, accentue, au sein de la population, le sentiment qu’il existe un seul et même maître d’oeuvre de cette vague déstabilisatrice. »

« Pour la majorité parlementaire, il ne fait pas de doute que ce deus ex machina est la Syrie » (…): « pour preuve des propos tenus par plusieurs responsables officiels syriens, dont le dernier en date est le vice-président, Farouk Al-Chareh. Ce dernier a prédit, mercredi, que le Liban ne connaîtrait la sécurité que si un gouvernement d’union nationale était formé – c’est l’une des revendications de l’opposition libanaise, pro-syrienne dans son écrasante majorité. »

« La veille, le ministre des affaires étrangères syrien, Walid Mouallem, avait estimé que l’imposition imminente par l’ONU d’un tribunal  » à caractère international  » pour juger les présumés coupables de l’assassinat de Rafic Hariri « menaçait la sécurité du Liban ».

« L’une des conséquences de la dernière série d’attentats est de forcer la police et notamment l’armée à se déployer sur plusieurs fronts à la fois, alors même que leurs effectifs sont réduits et leur équipement dramatiquement limité. Cette situation ne peut qu’altérer leur efficacité. »

Pour plus d’informations sur le sujet, voir aussi cette infographie.

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