Aide et Terrorisme

Kemal Dervis

Le 10 juillet dernier, le journal Le Monde publiait un entretien avec Kemal Dervis, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement. Cet article est intéressant à plusieurs égards.

D’une part, il rappelle certains bienfaits de la mondialisation sur le développement économique et social des pays d’Asie et d’Amérique Latine: « depuis le tournant de ce siècle » en effet, « la mondialisation vaut à l’espèce humaine une convergence remarquable« . Cela dit la mondialisation creuse aussi les inégalité et laisse derrière elle de nombreux pays Africains. Comme le rappelle l’ancien ministre des Affaires économiques et des Finances de la République de Turquie, « cet écart a été mesuré : le revenu moyen par tête des dix pays les plus riches du monde était trois fois plus élevé que celui des dix pays les plus pauvres, en 1820. Aujourd’hui, il est cinquante fois plus élevé. Les causes de ce décrochage sont connues : le sida en Afrique australe et la guerre civile en Somalie ou au Soudan. »

Pour essayer d’enrayer la croissance de ce fosset d’inégalités, il propose donc la mise en place d’une aide efficace, « qui ne soit pas attribuée pour des raisons politiques comme les Etats-Unis l’ont fait, par exemple, au Nicaragua et l’Europe au Zaïre, au temps de la guerre froide.
L’Union européenne a su aider généreusement le Portugal et la Hongrie à rattraper le reste de l’Europe de l’Ouest. C’est de ce type d’aide aux infrastructures, à l’éducation, à la santé dont ont besoin les pays les plus démunis.
 »

En réalité, Kemal Dervis a aussi très souvent demandé que les budgets militaires décroissent au profit de ceux de l’aide:
« Le monde dépense grosso modo, chaque année, 90 milliards d’euros pour l’aide au développement et 900 milliards pour ses armements. Cela n’a pas de sens, même dans une optique sécuritaire. »

Et il rappelle ainsi que les avions de combat et les missiles ne permettent pas de combattre « les vrais fléaux de l’humanité que sont le terrorisme, les pandémies et le réchauffement climatique. L’aide est infiniment plus efficace que des chars, mais elle suppose que l’on sorte des conservatismes budgétaires qui reconduisent d’année en année les mêmes dépenses en faveur d’armées régulières inadaptées dans le monde actuel. »

Selon lui le plan stratégique du PNUD peut « privilégier, bien sûr, la lutte contre la pauvreté, mais aussi la promotion de la gouvernance démocratique, la prévention et le traitement des conflits, l’énergie et l’environnement. » Ainsi l’organisation a aidé le gouvernement kenyan à réformer son administration. Au Liberia et au Congo-Brazzaville, ils ramassent et détruisent les armes légères après la fin des conflits. Ils ont aussi « contribué à rendre possibles, en 2006, les élections en République démocratique du Congo – RDC – , avec le concours de l’Union européenne. La RDC a pu se doter d’un président et d’une opposition dans des conditions difficiles, mais acceptables.« 

Cet entretien rappelle donc d’une certaine manière que face au terrorisme, les politique préventives sont souvent beaucoup plus adaptées que les politiques répressives…

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Les attentats au Royaume-Uni – Tentations ultra-sécuritaires

Dans cet article du Temps, on apprend aujourd’hui que les terroristes présumés des tentatives d’attentats du week end dernier au Royaume Uni seraient des médecins originaires du Moyen-Orient. Le premier, Mohammed Jamil Abdelqader Asha, 26 ans, est un chirurgien diplômé en Jordanie en 2004. Le second, Bilal Abdulla, a été diplômé à Bagdad en 2004: « c’est lui qui avait mené l’attaque contre l’aéroport de Glasgow samedi (mais n’est pas celui qui s’était aspergé d’essence). Tous les deux exerçaient leur profession en Grande-Bretagne. La connexion irakienne est une information capitale, alors que le nouveau premier ministre, Gordon Brown, dément tout lien entre les risques de terrorisme et la guerre en Irak. Cela laisse apercevoir un scénario très différent des attentats du 7 juillet 2005, où trois de quatre kamikazes étaient britanniques », précise le journaliste Eric Albert.

Ces éléments laissent donc penser que les attentats ont été manigancés par une cellule terroristes étrangère. L’échec de l’attentat de Londres laisse de nombreuses pistes aux enquêteurs. Mais fournit aussi toutefois des arguments pouvant raviver fortement les tentations sécuritaires. Lire le reste de cette entrée »