a-Aspects socio-économiques

Il est bien difficile de discerner les origines et les causes véritables du terrorisme, d’expliquer pourquoi des racines similaires peuvent engendrer des formes de violence différentes, dont le terrorisme. Cela dit, plusieurs travaux et analyses ont bien entendu été menés sur la question. Les origines sont à la fois profondes, multiples, économiques, sociales, historiques et internationales. Il est donc nécessaire de croiser plusieurs points de vue en la matière, l’économie apportant ici un outil d’analyse puissant en donnant quelques clefs d’interprétation solides. Les travaux des politologues et des sociologues commencent d’ailleurs à s’en inspirer!

Aspects sociologiques (et un peu micro-économiques)

La pauvreté et le manque d’éducation font partie des deux éléments les plus cités pour expliquer les comportements terroristes, et ce surtout depuis le 11 Septembre 2001. Or, une telle affirmation est très délicate, car les liens qu’elles sous-entend ne sont en réalité qu’assez faibles, indirects, et même plutôt compliqués.

Politiquement, s’attacher à une telle affirmation serait même hasardeux, suggérant qu’une partie de la solution résiderait dans une forme d’aide internationale envers les pays pauvres. En cas d’échec d’une telle politique d’augmentation de l’aide à des fins de lutte contre le terrorisme, i.e. si le terrorisme perdure alors que l’aide a été accrue, l’on assisterait alors à une baisse de l’aide internationale qui pourrait être très dommageable pour les pays souffrant injustement de cette politique. Par ailleurs, les pauvres des pays riches pourraient aussi croire qu’on les qualifie de terroristes ! Enfin, certains pays pourraient même augmenter leur pression terroriste pour avoir plus d’aide ! Une telle affirmation est donc dangereuse !

L’étude majeure à propos des liens entre terrorisme, pauvreté et éducation a été effectuée par Krueger et Maleckova en 2002. Partant de la définition du terrorisme donnée par le département d’Etat américain, ils étudient deux cas particuliers de recrutement terroriste: celui des membres du Hezbollah au Liban, et celui des attaques anti-israëliennes menées dans la banque de Gaza. Le tout dans les années 1980. Et leurs conclusions, bien qu’insuffisantes pour être généralisables à toutes les formes de terrorismes, invalident tout du moins l’affirmation souvent faite intuitivement, et à tort donc!

Pour aller plus loin:

→ Télécharger l’article de Krueger et Maleckova, « Education, Poverty and Terrorism: Is There a Causal Connection?« , 2003, version révisée de celui paru en juillet 2002 (Working Paper 9074 du National Bureau of Economic Research) – Journal of Economic Perspective, Volume 17, Issue 4, Winter 2003, 119-144

→ Un article de vulgarisation des résultats de Krueger et Maleckova, « Seeking the Roots of Terrorism », The Chronicle Review, juin 2003

→ Un autre article de vulgarisation: « Probing the Roots of Terror », par Mark Clayton, Christian Sciences Monitor, 2 Septembre 2003. « The attacks of 9/11 galvanized a phalanx of scholars to dissect terrorism from every angle. What they’ve learned so far may surprise you… »

Claude Berrebi, « Evidence About The Link Between Education, Poverty, and Terrorism Among Palestinians« , 2002/2003

Rex A. Hudson, « The Sociology and Psychology of Terrorism: Who Becomes a Terrorist and Why?« , A Report Prepared under an Interagency Agreement by the Federal Research Division, Library of Congress, September 1999, 186 pages.

James A. Piazza, « Rooted in Poverty?: Terrorism, Poor Economic Development, and Social Cleavages », Volume 18, Number 1, Spring 2006, Terrorism and Political Violence

 

Aspects macro-économiques

Blomberg, Hess, and Weerapana, “Economic Conditions and Terrorism”, European Journal of Political Economy, Vol. 20, juillet 2004, 463-478

Erdogdu, “What Feeds Global Terror and What May Eradicate It in the Long Term?”, Marmara University, 2005

Krueger et Laitin, « Kto Kogo?: A Cross-Country Study of the Origins and Targets of Terrorism« , novembre 2003, Preliminary Draft, Not for Citation

Bravo et Dias, « An empirical Analysis of Terrorism: deprivation, Islamism and Geopolitical Factors« , Defence and Peace Economics, Volume 17, Number 4, August 2006, pp. 329-341(13)

 

Explications données dans les autres sciences humaines et sociales

William F. Shughart II, “An Analytical History of Terrorism, 1945-2000“, Public Choice (2006) 128:7–39, 2005, p.36:

« The terrorism of 1945–2000 is largely, but certainly not exclusively, rooted in the artificial nation-states fashioned by the First World War’s victors from the carcass of the Ottoman Empire, reinforced by the unkept promises of self-determination made in turn by Woodrow Wilson and the signatories to the Atlantic Charter. Largely suppressed, during the interwar period, by the colonial powers, and from 1945 until 1989 by Soviet hegemony, the centrifugal forces of ethnic and national identity boiled over by the twentieth century’s end. Those forces have been magnified since 1979 by the rise of a new, virulent Islamist terrorism. The religious overtones of that movement should not be allowed to obscure terrorism’s predominant common origins – including that of the European leftists, who would not have survived nearly as long without the support of the Palestinians – in the failed states created in 1914–1922.

The history of terrorism in the second half of the twentieth century would have been quite different had Transjordan, as it was intended to be, been made a Palestinian homeland; if Kurdistan had not been mysteriously overlooked in the Settlement of 1922; if a line had not been drawn around Iraq, but that Mesopotamia had instead been divided along its three natural internal boundaries; and if Armenians, Tajiks, Uzbeks, Pashtuns, Punjabis and many other ethnic populations had not been marooned across the borders of two or more contrived nation-states. Alternatively, imagine that, instead of rewarding Arab chieftains with monarchial powers, elevating Sunni over Shi’a or Muslim over Christian, Britain and France had imposed federalist constitutions, providing for weak central governments, substantial local or regional autonomy, and a recognized right of secession, on the nations of the Middle East as then (and now) configured. What might have been?

It is somewhat ironic that, at the same time nationalism and ethnic separatism are on the rise in the Middle East and Central Asia, accompanied by the terrorism that has been their historical handmaiden, Europe itself is moving in the opposite direction, toward centralization of governmental authority in Brussels. In order to implement fuller political and economic union on the Continent, a new European constitution was written and submitted for ratification by the Union’s member states. The decisive rejection of that document by voters in France and the Netherlands in the spring of 2005 proved that, for very different reasons, national sovereignty is not to be sold cheaply by Europe’s political elites. Constitutional design evidently still matters. It, not democracy, also ought to be Europe’s (and America’s) top priority for dealing with the threat of modern terrorism »

→ Le mémoire de licence d’un étudiant en droit, Mahmoud El Kadir, « le terrorisme, les causes et les remèdes », 2004-2005, Université Mohammed I, au Maroc, pour un aperçu rapide et global: « la mondialisation s’est accompagnée, nom seulement d’une paupérisation, mais aussi du viol des cultures, et même parfois la destruction de « l’histoire des peuples » poussant ceux-ci à la révolte ». Pauvreté, chômage, famine, situation tragique de l’enfance, propagation des maladies graves, et injustice résultant des disparités de développement entre les pays font partie selon lui des différents aspects contribuant au terrorisme actuel. Reprenant les théories de Noam Chomsky, il place aussi la politique étrangère américaine menée depuis la fin de la deuxième guerre mondiale parmi les raisons principales de la vague de terrorisme actuelle.

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2 Réponses to “a-Aspects socio-économiques”

  1. Tournyol du Clos Says:

    Bonjour,

    L’approche économique du terrorisme peut avec pertinence être rapprochée l’approche criminologique version analyse économique.

    Je vous conseille de jeter un oeil sur mon site professionnel: http://www.tournyolduclos.fr
    et sur ma publication suivante: « L’étude du terrorisme ne France : une recherche encore embryonnaire », Revue Sécurité Globale, n°3, Printemps 2008, p.97-108.

    Lorraine tournyol du Clos.


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