b – De la rationalité terroriste

Sur la rationalité des terroristes et l’étude économique du terrorisme

Si l’on suppose que les terroristes sont irrationnels, il devient impossible de prévoir et envisager les modes d’action qu’ils utiliseront à l’avenir, la ligne de conduite qu’ils risquent de poursuivre. Par contre, comme cela a été prouvé à plusieurs reprises, supposer que les terroristes sont rationnels, c’est aussi s’assurer que l’on peut prédire leurs comportements futurs.

Pionnier de l’analyse économique des sujets généralement réservés à la sociologie, Gary Becker a émis un certain nombre de considérations théoriques sur les conditions de participation au terrorisme. Dans sa théorie économique du crime, le chercheur explique que le choix entre une activité légale et une activité criminelle dépend des espérances de gains associé à la transgression des lois, mais aussi du type de crime envisagé et du type de pénalité qui peuvent s’en suivre. Les activités criminelles sont entendues ici comme des activités faisant courir un risque particulier à celui que les entreprend (risque d’appréhension, de condamnation, d’emprisonnement ou d’exécution). Ce raisonnement s’inscrit, bien entendu, dans l’idée que les terroristes sont des acteurs rationnels et qu’ils cherchent à maximiser leur utilité. Becker reconnaît que les criminels agissent souvent en fonction de contraintes morales et éthiques élevées, mais il considère aussi qu’ils envisagent rationnellement les bénéfices de leur crime en comparaison aux coûts probables pouvant aussi en résulter (probabilité d’emprisonnement, pièce à conviction, condamnation) et aux effets induits des opportunités qui s’offrent à eux. L’un des principaux résultat de cette théorie est qu’il est préférable, pour contrer les criminels, de jouer sur leur probabilité d’appréhension plus que sur la probabilité de punition.

Deux ingrédients composent un comportement rationnel : un ensemble bien défini de préférences (l’individu est capable d’ordonner et classer ses préférences), et la manière dont l’individu choisit dans cet ensemble son option préférée. Les préférences peuvent bien entendu changer au cours du temps.

L’application du modèle de choix rationnel à l’étude du terrorisme suppose que les terroristes allouent leur ressources rares de façon à maximiser la valeur de leur utilité. Landes (1978) a été le premier à modéliser le comportement de preneurs d’hôtage aérien et regarde les utilités qui en découlent selon trois états du monde possibles. En fonction des données qu’il possède entre 1961 et 1976 – données de l’administration fédérale américaine de l’aviation (FAA) – il montre qu’une baisse d’entre 41 à 50 prises d’avion a eu lieu aux Etats-Unis après l’installation des détecteurs de métaux dans les aéroports américain en 1973.

Enders et Sandler (1993) ont élargi le cadre de travail de Landes afin de permettre les substitutions entre activités terroristes et activités non terroristes, ainsi que les substitutions entre activités terroristes. Ils utilisent une fonction de production des ménages pour analyser l’activité des terroristes dont l’utilité est dérivée d’un but politique commun. Ce but commun est obtenu par le biais de la consommation d’un ensemble de biens basiques tels que l’attention des médias, l’instabilité politique, le soutien populaire pour leur cause, et la création d’une atmosphère de peur et d’intimidation.

Chaque bien peut être produit selon un certain nombre de stratégies politiques incluant divers types d’activités – terroristes et non terroristes – autour desquelles s’articulent les préférences et l’utilité retirée. Deux modes d’action sont substituables à la condition de procurer des biens de base identiques. Par exemple, l’enlèvement et le détournements d’avion sont des modes d’action complexes substituables qui permettent d’arriver au même genre de résultats en terme d’attention des médias. Les modes d’action sont complémentaires s’ils permettent de contribuer au même genre de résultats et se renforcent (par ex, les bombes et les menaces).

Cette interview de Todd Sandler en Mai 2002 pour le magazine américain Challenge, explique bien la logique sous-jacente à ce raisonnement et met en avant les (grands!) apports de l’économie à l’étude du terrorisme.

A lire également:

Walter Enders and Todd Sandler, The Political Economy of Terrorism, Cambridge University Press, NY, 2006, 278 p.

Enders et Sandler, What do we know about the substitution effect in transnational terrorism, 2002

Peter Rosendorff and Todd Sandler, “The Political Economy of Transnational Terrorism

Walter Enders and Todd Sandler, “What do We Know About the Substitution Effect in Transnational Terrorism?

Mark Harrison, “An Economist Looks at Suicide Terrorism

→ Un numéro spécial de la Revue du Gulf Research Center: « Suicide Bombing Operations« , Security and Terrorism Research Bulletin, n°5, mars 2007

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