Les itinéraires du terrorisme islamiste

Beaucoup d’articles sont parus ces derniers temps, 6 ans après les attentats du World Trade Center, et quelques jours seulement après les arrestations opérées en Allemagne, envers des jeunes gens soupçonnés d’avoir tenté de préparer des attentats à la voiture piégée pour le compte de l’Union islamique du Jihad (IJU). Un article de Cécile Calla paru le 11 Septembre 2007 dans le Monde, De la province allemande au Jihad, explique le parcours des terroristes en devenir… Et comme elle le dit si bien dès la première phrase, « c’est un itinéraire qui reflète le nouveau visage pris par le terrorisme islamiste« .

Le profil des terroristes présumés

Et pour cause: les interpellés sont de jeunes convertis à l’Islam qui n’ont rien du profil des terroristes décrit traditionnellement (on se souviendra des analyses de Marc Sageman à ce sujet). En l’occurence, l’un des suspects est un

« jeune Allemand, fils de médecin et d’ingénieur, qui se convertit à l’islam pour se mettre ensuite au service d’un réseau terroriste (…) Au premier abord, le présumé terroriste semblait mener une existence « normale » à Ulm, ville de taille moyenne du sud de l’Allemagne. Dans la modeste maison en périphérie de la ville où il avait loué un appartement, au rez-de-chaussée, avec sa femme d’origine turque épousée en janvier, l’étudiant à l’épaisse chevelure brune, « plutôt bel homme », a surtout marqué son entourage par sa discrétion. »

Discret avec les voisins, élève moyen, il s’avère en réalité être un: « converti fanatique, considéré comme la « tête » du trio terroriste ».

« Il a découvert l’islam « à travers ses camarades de classe turcs. A Ulm, où sa famille est installée depuis qu’il a cinq ans, près de 25 % des habitants sont issus de l’immigration. Lorsqu’il a 15 ans, ses parents, tous deux non croyants, divorcent. A l’époque, il commence à fréquenter le Centre d’information islamique d’Ulm (IIZ) et le Multikultihaus, dans la ville voisine de Neu-Ulm, deux lieux de rassemblement de la communauté musulmane considérés par les services de renseignement comme un vivier pour les djihadistes allemands.

Créées à la fin des années 1990, ces deux associations, dont l’une a été interdite par les autorités fin 2005, prônent un islam radical. L’un des pilotes kamikazes du 11 septembre 2001, Mohammed Atta, et Reda Seyam, soupçonné un temps d’être impliqué dans l’attentat de Bali, en 2002, ont été aperçus dans l’un des deux centres.

Trois jeunes Allemands issus de ce cercle ont péri dans des combats en Tchétchénie en 2002. Au contact de ce milieu, le jeune homme se convertit à l’islam à l’âge de 18 ans et se fait désormais appeler Abdullah. Son frère est également converti, mais passe pour un modéré.

La spirale terroriste commence alors lentement à se mettre en place. On aperçoit Fritz G. dans le centre-ville d’Ulm en train de distribuer des exemplaires du journal Pense de manière islamique, édité par des proches du IIZ. En décembre 2004, la police retrouve du matériel de propagande en faveur d’Oussama Ben Laden dans sa voiture.

Au début de l’année 2006, Fritz G. se rend au Pakistan, dans un camp d’entraînement, vraisemblablement en compagnie du Turc Adem Y., l’un des deux autres suspects arrêtés le 4 septembre. La même année, son autre complice, Daniel S., âgé de 22ans se trouve également au Pakistan.

A l’image de Fritz G., Daniel S. est issu d’un milieu social favorisé et s’est tourné très jeune vers un islam radical. Après avoir interrompu, en 2003, sa scolarité au lycée Steinwald, à Neunkirchen, en Sarre, il se serait rendu en Egypte pour apprendre l’arabe et étudier le Coran. Il revient ensuite pour effectuer son service militaire à Sarrelouis.

Depuis février 2007, il louait un appartement à proximité d’un centre de rencontre de la communauté musulmane à Sarrebruck. Le jeune homme irritait parfois ses voisins en brûlant, la nuit, des monceaux de CD dans l’arrière-cour ou en priant à voix haute en arabe trois fois par jour. Depuis quelques semaines, il s’était inscrit aux cours du soir d’un lycée pour repasser son baccalauréat technologique.

A la différence de Fritz G. et de Daniel S., Adem Y., âgé de 29ans, est un enfant de l’immigration. Il est né en Turquie mais vit en Allemagne depuis plus de vingt ans. Au moment de son arrestation, il était domicilié chez ses parents, qui logent avec ses frères et sœurs dans un immeuble gris, en bordure d’une avenue bruyante, à Langen, petite ville près de Francfort.

On sait qu’il a travaillé pendant quelque temps comme contrôleur dans les transports en commun avant de se retrouver au chômage. C’est à ce moment qu’il se serait rapproché du milieu islamiste. D’après ses voisins, il portait une longue barbe et s’habillait régulièrement d’un long caftan blanc. »

« Les convertis ont souvent le potentiel le plus dangereux, car ils cherchent à faire leurs preuves »

Cette évolution est observée depuis les attentats de juillet 2005 à Londres, et elle est encore guère prise en compte par les analyses relevant des sciences-sociales, et tout particulièrement économiques.

Cela relève avant tout d’un problème de chiffres. Ainsi que le précise Stéphanie le Bars dans un autre article du Monde, « près de 18 000 Allemands se seraient convertis à l’islam, selon une évaluation de l’Institut central des archives de l’islam. D’autres estimations évoquent jusqu’à 100 000 convertis. Surtout, le rythme des conversions se serait accéléré ces dernières années, atteignant un pic en 2006 avec 4 000 Allemands devenus musulmans. La validité de ces chiffres reste néanmoins controversée car elle repose sur des sondages partiels menés auprès des associations musulmanes. »

Mais aussi d’un problème de logique encore inexpliquée rationnellement: « la pratique d’un islam modéré reste la règle générale chez les convertis. Mais un nombre infime se laisse séduire par la doctrine islamiste. Les motifs sont variés et dépendent de chaque histoire individuelle, mais les experts identifient souvent une crise personnelle à l’origine de ce penchant. Pour les recruteurs islamistes, ces profils sont les bienvenus. Selon les services de renseignement, les organisations extrémistes recrutent davantage en direction des convertis, qui passent plus inaperçus et peuvent voyager sans difficulté. « C’est un avantage d’avoir dans leurs rangs des Allemands », souligne Christoph Grammer, porte-parole des renseignements généraux dans le Bade-Wurtemberg. »

Au final, « les convertis ont souvent le potentiel le plus dangereux, car ils cherchent à faire leurs preuves », observe Rolf Tophoven, l’un des principaux experts du terrorisme en Allemagne ». Mais si « le nombre de conversions à l’islam de personnes jusque-là sans religion ou d’origine judéo-chrétienne connaît une forte augmentation depuis quelques années », le phénomène n’est pas quatifiable pour autant.

En France, « quelque 3 00 personnes rejoindraient l’islam chaque année. Et le pays compterait, selon les estimations, de 40 000 à 70 000 convertis. Avec une fourchette de 15 000 à 100 000 personnes concernées, l’Allemagne avance des chiffres tout aussi approximatifs.

La difficulté est la même en Belgique, qui estime entre 6 000 et 25 000 le nombre de ses nationaux convertis. L’Espagne, avec une population musulmane d’un million de personnes, d’immigration récente, compterait, elle, de 5 000 à 20 000 convertis, selon les associations islamiques du pays. »

En réalité, « les raisons qui amènent à la conversion sont connues. Alors que, dans les années 1970, les Européens devenaient souvent musulmans par la voie du soufisme, le courant mystique de l’islam, à l’issue d’une longue quête spirituelle, les convertis, en majorité des hommes de moins de 40 ans, rejoignent désormais l’islam pour des raisons familiales ou de proximité. »

« La fréquentation de familles de culture musulmane dans les banlieues et la multiplication des mariages mixtes, notamment en France ou en Italie, contribuent au développement des conversions, qui débouchent sur une pratique religieuse plus ou moins assidue.

Parallèlement, dans tous les pays, une minorité croissante embrasse un islam radical. Ces nouveaux convertis se tournent en particulier vers le courant salafiste, qui prône une pratique rigoriste et dont les fidèles se posent volontiers en rupture avec les sociétés occidentales. C’est dans ces mouvances que se retrouvent la plupart du temps les « djihadistes », ces convertis engagés dans un islamisme politique et combattant. Le procès d’un réseau islamiste, composé notamment de convertis belges et impliqué dans une filière d’acheminement de combattants en Irak, doit s’ouvrir bientôt à Bruxelles. »

Alors au final, comme le rappelle à juste titre l’édito du Monde du 11/09/07, en six ans, « les Américains ont pu jusqu’à maintenant se mettre à l’abri de nouveaux attentats d’Al-Qaida. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont devenus plus imperméables à de telles attaques que les autres démocraties. Six ans après le 11 septembre 2001, ils sont à peine moins vulnérables et ils ne sont plus tout-puissants. »

Les raisons internes: une guerre des idées?

En terme de politique anti-terroriste, il est aussi possible de s’interroger, ainsi que le fait ce journal jordanien repris par Courrier International sur la guerre des idées… Soulignant que même si la réaction américaine avait été autre, les résultats n’en n’auraient pas été si différent… Les raisons?

« Parce que l’antioccidentalisme a été et reste la clef de la politique pour la majorité des peuples arabes et musulmans » (…)

Parce que « l’antiaméricanisme est, au moins depuis la guerre de 1967, la pierre angulaire de notre conscience politique. On remarque ainsi que les régimes qui sont alliés à Washington pour des raisons géopolitiques n’ont pas le courage d’assumer ces liens mais font tout, au contraire, pour s’en démarquer culturellement »

Parce que « la démocratie n’a jamais été une demande populaire dans cette partie du monde, tout comme les concepts politiques dits « importés » : socialisme, libéralisme… « 

Parce que « la surenchère contre l’Occident (et contre Israël) constitue l’exutoire de nos frustrations politiques et le défouloir de notre liberté d’expression muselée. Il va sans dire que les régimes arabo-musulmans y trouvent leur compte et n’hésitent pas à canaliser les frustrations de leurs peuples dans cette surenchère. « 

Parce que « ces dernières décennies, nos sociétés ont subi d’énormes mutations démographiques sans les accompagner par une politique urbaine appropriée ni par la construction de logements et d’établissements scolaires. Cela a crée une large population de déshérités réceptive aux slogans simplistes qui résument la complexité politique en haine contre les uns et en fidélité aveugle aux autres.  »

Enfin, parce que « l’importance de la religion et des liens de proximité familiale joue plus en faveur d’un Ben Laden « musulman » que d’un Occidental lointain qui n’est ni musulman, ni cousin, ni fils du voisin »

Autant dire que face aux itinéraires actuels empruntés par les terroristes, la solution n’est pas simple et il est grand temps que les politiques de lutte contre le terrorisme exploitent plus amplement le volet incitatif… Et que les études essayent de comprendre ce qui, profondément, rationnellement, pourraient désinciter les jeunes terroristes à se lancer dans de tels actes!

 

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Une Réponse to “Les itinéraires du terrorisme islamiste”

  1. corona Says:

    Vous me faite rire quand vous parlez d’islam moderé.C’a n’existe pas.seulement il y a des musulmans que passent a l’action et d’autres qui se content de regarder mais il ne sont faché de voir le sale travail du terrorisme fait par d’autres. Je n’ai jamais assisté a une marche de protestation de musulmans se battant contre ces methodes.


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