Al Qaeda au Pakistan et le bilan américain de la lutte contre le terrorisme

Vu dans le Monde ce matin…

« Le rapport du Conseil national du renseignement (NIC), une synthèse du travail de 16 agences d’espionnage, n’est pas tendre avec la Maison Blanche. L’International Herald Tribune note que l’organisation a réussi à maintenir en vie Oussama Ben Laden et ses lieutenants tout en se renforçant dans la zone tribale du Pakistan, tandis que les Etats-Unis se concentraient sur l’Irak. En mars 2002, George Bush estimait qu’il ne savait pas où se trouvait Ben Laden : « Je m’en fiche, ce n’est pas important, ce n’est pas notre priorité », confiait-il. El País souligne, pour sa part, que l’organisation dispose à nouveau des moyens d’attaquer les Etats-Unis sur leur sol. Selon le rapport, Al-Qaida « continuera d’essayer d’acquérir et d’employer des matériels chimiques, biologiques, radioactifs ou nucléaires », indique le FT. »

Quelques extraits par ici: Lire le reste de cette entrée »

Aide et Terrorisme

Kemal Dervis

Le 10 juillet dernier, le journal Le Monde publiait un entretien avec Kemal Dervis, administrateur du Programme des Nations unies pour le développement. Cet article est intéressant à plusieurs égards.

D’une part, il rappelle certains bienfaits de la mondialisation sur le développement économique et social des pays d’Asie et d’Amérique Latine: « depuis le tournant de ce siècle » en effet, « la mondialisation vaut à l’espèce humaine une convergence remarquable« . Cela dit la mondialisation creuse aussi les inégalité et laisse derrière elle de nombreux pays Africains. Comme le rappelle l’ancien ministre des Affaires économiques et des Finances de la République de Turquie, « cet écart a été mesuré : le revenu moyen par tête des dix pays les plus riches du monde était trois fois plus élevé que celui des dix pays les plus pauvres, en 1820. Aujourd’hui, il est cinquante fois plus élevé. Les causes de ce décrochage sont connues : le sida en Afrique australe et la guerre civile en Somalie ou au Soudan. »

Pour essayer d’enrayer la croissance de ce fosset d’inégalités, il propose donc la mise en place d’une aide efficace, « qui ne soit pas attribuée pour des raisons politiques comme les Etats-Unis l’ont fait, par exemple, au Nicaragua et l’Europe au Zaïre, au temps de la guerre froide.
L’Union européenne a su aider généreusement le Portugal et la Hongrie à rattraper le reste de l’Europe de l’Ouest. C’est de ce type d’aide aux infrastructures, à l’éducation, à la santé dont ont besoin les pays les plus démunis.
 »

En réalité, Kemal Dervis a aussi très souvent demandé que les budgets militaires décroissent au profit de ceux de l’aide:
« Le monde dépense grosso modo, chaque année, 90 milliards d’euros pour l’aide au développement et 900 milliards pour ses armements. Cela n’a pas de sens, même dans une optique sécuritaire. »

Et il rappelle ainsi que les avions de combat et les missiles ne permettent pas de combattre « les vrais fléaux de l’humanité que sont le terrorisme, les pandémies et le réchauffement climatique. L’aide est infiniment plus efficace que des chars, mais elle suppose que l’on sorte des conservatismes budgétaires qui reconduisent d’année en année les mêmes dépenses en faveur d’armées régulières inadaptées dans le monde actuel. »

Selon lui le plan stratégique du PNUD peut « privilégier, bien sûr, la lutte contre la pauvreté, mais aussi la promotion de la gouvernance démocratique, la prévention et le traitement des conflits, l’énergie et l’environnement. » Ainsi l’organisation a aidé le gouvernement kenyan à réformer son administration. Au Liberia et au Congo-Brazzaville, ils ramassent et détruisent les armes légères après la fin des conflits. Ils ont aussi « contribué à rendre possibles, en 2006, les élections en République démocratique du Congo – RDC – , avec le concours de l’Union européenne. La RDC a pu se doter d’un président et d’une opposition dans des conditions difficiles, mais acceptables.« 

Cet entretien rappelle donc d’une certaine manière que face au terrorisme, les politique préventives sont souvent beaucoup plus adaptées que les politiques répressives…

Origine des terroristes – Une preuve de plus

Comme indiqué ici, les terroristes sont rarement issus de familles pauvres et peu éduquées. Les terroristes ayant fait des tentatives d’attentats au Royaume Uni le week end dernier se trouvent être issus, pour la majorité, du milieu hospitalier. Comme indiqué dans cet article du Independent (Brilliant student, doctor – and now a terror suspect, Ian Herbert and Cahal Milmo) publié hier, Mohammed Asha, l’un des terroristes présumés, a décidé en 2004 de partir de Jordanie pour venir poursuivre sa carrière de médecin au Royaume Uni.

Les autres suspects sont également des médecins: l’irakien Bilal Abdulla de l’hopital Paisley’s Royal Alexandra et l’Hindou de 26 ans de l’Hopital Halton dans le Cheshire. Deux autres médecins âgés de 25 et 28 ans de l’hopital Royal Alexandra ont aussi été arrêtés.

Le père de Mihammed Asha assure pourtant que son fils n’a jamais montré aucun intérêt pour l’Islam politique: Lire le reste de cette entrée »

Les attentats au Royaume-Uni – Tentations ultra-sécuritaires

Dans cet article du Temps, on apprend aujourd’hui que les terroristes présumés des tentatives d’attentats du week end dernier au Royaume Uni seraient des médecins originaires du Moyen-Orient. Le premier, Mohammed Jamil Abdelqader Asha, 26 ans, est un chirurgien diplômé en Jordanie en 2004. Le second, Bilal Abdulla, a été diplômé à Bagdad en 2004: « c’est lui qui avait mené l’attaque contre l’aéroport de Glasgow samedi (mais n’est pas celui qui s’était aspergé d’essence). Tous les deux exerçaient leur profession en Grande-Bretagne. La connexion irakienne est une information capitale, alors que le nouveau premier ministre, Gordon Brown, dément tout lien entre les risques de terrorisme et la guerre en Irak. Cela laisse apercevoir un scénario très différent des attentats du 7 juillet 2005, où trois de quatre kamikazes étaient britanniques », précise le journaliste Eric Albert.

Ces éléments laissent donc penser que les attentats ont été manigancés par une cellule terroristes étrangère. L’échec de l’attentat de Londres laisse de nombreuses pistes aux enquêteurs. Mais fournit aussi toutefois des arguments pouvant raviver fortement les tentations sécuritaires. Lire le reste de cette entrée »

Tentatives d’attentat à Londres et attentat à Glasgow

Petite revue de presse britannique ce matin, suite aux tentatives d’attentats à Londres ce week end, et suite à celui de Glasgow. Pour le Daily Telegraph, « les sales bombes de Bagdad sont arrivées dans nos rues ». Le journal remarque que celles qui n’ont pas explosé, à Londres et Glasgow, sont du même type que celles qui tuent quotidiennement en Irak. Comme le précise la check list du Monde ce matin, « le quotidien conservateur se félicite des efforts de coordination entre les services de renseignement et les diverses forces de sécurité entrepris depuis les attentats de 2005, mais note que 60 000 jeunes hommes vont, chaque année, visiter leurs familles au Pakistan. Alors que près de 2 000 Britanniques liés à Al-Qaida seraient sous surveillance, le Times, à l’instar de ses confrères, demande à Gordon Brown d’autoriser le recours judiciaire aux écoutes téléphoniques, quitte à suspendre un certain nombre de mesures de défense des droits de l’homme. » Le quotidien insiste aussi fortement sur le fait que tous les Musulmans ne sont pas des terroristes et que nombreux sont ceux qui condamnent ces attentats – et place ainsi le débat sur les enjeux culturels:

« Many Muslims have been alienated from British society by the Iraq war and by public hostility based on the fear that they may be sympathetic to Islamic terrorists. But there are also many Muslims who think terrorism is evil, who are not fundamentalists, who want to create a satisfactory life here. They may well be reluctant to report the nice young man down the road who may, or may not, have joined a terrorist group, but they would be horrified to think that one of their own children could become a bomber.

Terrorism is, inevitably, a running battle of intrigue and intelligence, of recruitment and penetration on both sides. Yet it is always a cultural struggle, a Kulturkampf in Bismarck’s terms. The terrorist seeks to destroy our cultural life, yet our culture has itself a seductive appeal to those who might otherwise become terrorists. Many Muslims resent what they regard as injustices to Islam, but few of them support the massacre of the innocent; most of them want to enjoy the pluralist opportunities of modern Britain.

A cultural struggle can be shaped by technology, as Karl Marx observed, but history does not suggest that it is often decided by technology. Bismarck had the guns, but he lost his struggle against the German Catholic church. Our own culture is deeply flawed; that is what makes us so vulnerable. »

« Le Guardian note pour sa part que depuis 2001, les services de renseignement croulent sous l’argent, et ont recruté des milliers de nouveaux officiers, y compris musulmans, mais qu’il faut aussi que Brown reconnaisse la responsabilité du pays dans le chaos irakien. »

En attendant, Gordon Brown se retrouve dans une configuration quelque peu similaire à celle de Georges Bush en 2001. Tout juste arrivé au pouvoir, il est confronté à la menace terroriste et doit prendre des mesures fortes pour la contrer. Et comme le titre le Times, « Brown boasts that he is a serious man; this is his chance to show it ». Espérons que la répression des droits de l’homme pour des raisons de sécurité ne soient pas trop fortes tout de même.