Budget de renseignement américains

Vu dans la Check List du Monde ce matin:

« En 2003, la société Booz Allen Hamilton emportait un contrat de 2 M $ visant à améliorer les performances des services de renseignement américains. Le Washington Post révèle que le projet a finalement coûté 124 M $ aux autorités. La modernisation des « grandes oreilles » de la NSA a quant à elle été été facturée 1 md $, au lieu des 280 M $ prévus à l’origine. La société impliquée, qui n’avait pas réussi à parfaire le projet, a pourtant emporté le marché suivant, sans être pénalisée. Titrant « Ne privatisez pas nos espions », le New York Times rappelle qu’après la mort de l’URSS, le budget du renseignement US avait chuté de 40 % lors des attentats du 11 septembre 2001, et qu’il fut invité à exercer en « symbiose » avec le secteur privé. Alors que les 2/3 des anciens experts du gouvernement émargent aujourd’hui dans le privé, les effectifs de certaines agences sont, pour plus de la moitié, constitués de consultants privés, qui coûtent deux fois plus cher que les agents fédéraux. Du fait de l’« orthodoxie de la privatisation », 70 % du budget du renseignement US va aujourd’hui dans le privé. »

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La violence à Gaza: quelles motivations?

Vu dans la Check List du Monde ce matin:

« L’été sera chaud », prédit Bahaa Balusha, interviewé par Der Spiegel (en anglais). En décembre dernier, sa voiture, et ses enfants de 3, 5 et 8 ans ont été criblés de 250 balles sous ses yeux. Pour ce responsable des services de renseignement du Fatah, le coup d’Etat du Hamas à Gaza est l’œuvre d’une cellule d’Al-Qaida. Craignant une attaque des Etats-Unis, l’Iran et la Syrie chercheraient eux aussi à enflammer Gaza et le Liban, afin d’allumer des contre-feux, et c’est parce qu’Israël et les USA ont coupé les vivres au Fatah que ses militants n’ont pu empêcher la prise de Gaza par le Hamas.

L’International Herald Tribune estime lui aussi que le problème est en bonne partie financier : les responsables des tunnels qui passent sous le Sinaï sont bien plus motivés par le profit que par l’idéologie. Le Temps note d’ailleurs qu’après avoir servi à importer du cannabis et des prostituées de l’Est vers Israël, ils se louent désormais jusqu’à 50 000 $ de l’heure pour charrier l’armement ultramoderne du Hamas.

Der Spiegel relève qu' »ironiquement », la crise humanitaire à Gaza est telle qu’Israël va devoir rouvrir les négociations diplomatiques qu’elle se refusait jusque-là, et depuis un an et demi, à engager avec le Hamas.

Le Fatah Al-Islam: quelles motivations?

Dans cet article de Matthieu Auzanneau, du Monde, on apprend que « selon plusieurs spécialistes du Liban, il est peu probable que cette crise conduise au désarmement de ces camps (de réfugiés), pourtant réclamé par le Conseil de sécurité des Nations unies. »

«  »Fatah, Hamas, chiites pro-syriens et pro-iraniens, sunnites libanais modérés : tous les pouvoirs musulmans de la région se disputent l’influence sur les réfugiés palestiniens, tout en les ménageant. Du coup, depuis la fin des années 1980, plusieurs camps ont pu devenir des sanctuaires pour les prédicateurs salafistes proches d’Al-Qaida », relève Bernard Rougier, ancien professeur de l’Institut français du Proche-Orient. Ce chercheur, qui a passé plusieurs années à étudier la vie dans les camps de réfugiés palestiniens, précise : » Fatah Al-Islam n’est pas un mouvement spécifiquement palestinien. D’ailleurs, ses membres seraient des vétérans de l’Irak, venus de Syrie, d’Arabie saoudite ou du Yemen. »

Le camp de Nahr Al-Bared (environ 31 000 réfugiés) compte aujourd’hui quatre mosquées salafistes. Pour Bernard Rougier, « la dynamique politique est du côté des islamistes, elle n’est plus du côté du Fatah », le parti du président palestinien, Mahmoud Abbas. »

Contrôlés depuis 1968 par les formations politico-militaires palestiniennes, notamment par le Fatah, les douze camps palestiniens du Liban abritent près de 400 000 personnes qui échappent à la souveraineté libanaise, tout en étant privés du droit d’exercer certaines professions à l’extérieur des camps, ou d’y acquérir des biens immobiliers.

DEUX HYPOTHÈSES CONTRADICTOIRES

Dans ce contexte, les motivations du groupuscule Fatah Al-Islam et l’origine de ses soutiens demeurent troubles. Deux hypothèses s’opposent. Selon la première, défendue entre autres par Bernard Rougier, les combattants de Fatah Al-Islam cherchent à faire basculer les sunnites libanais dans la lutte contre l’Occident et ses alliés du gouvernement de Fouad Siniora. Une stratégie qui arrangeraient les partis chiites pro-syriens.

Pour d’autres – en particulier le journaliste américain Seymour Hersh qui, le premier, a défendu cette théorie dans le New Yorker –, Fatah Al-Islam serait une création du gouvernement libanais et de Washington pour contrer le Hezbollah chiite, proche de l’Iran et de la Syrie.

« Cette allégation est séduisante, même si elle n’est pas étayée par des preuves », commente Jihane Sfeir, chercheuse au Collège de France. Cette spécialiste des réfugiés palestiniens souligne : « L’implantation des salafistes est connue depuis plusieurs années. Il peut donc paraître suspect de voir le gouvernement intervenir précisément au moment où l’on s’achemine vers le procès de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri », que la Syrie est soupçonnée d’avoir commandité. »

(…) A Aïn al-Héloué, le plus important des camps de réfugiés au Liban, (…) « la population palestinienne n’est pas partie. Beaucoup redoutent que les choses ne dégénèrent en un conflit inter-palestinien », rapporte Jihane Sfeir. Les principales factions palestiniennes (Fatah, Hamas et FPLP-CG pro-syrien notamment), qui contrôlent depuis des années les différents quartiers d’Aïn al-Héloué, ont décidé de prendre les choses en main, et ont déployé les miliciens des forces de sécurité pour empêcher la reprise des affrontements.

Dans ce jeu complexe, « les réfugiés palestiniens sont encore une fois les premières victimes « , insiste Jihane Sfeir. Pour elle, il y a peu de chance que leur situation s’améliore à l’issue de la crise, « parce que la défiance pour ne pas dire le racisme profond des Libanais, et notamment des chrétiens, à l’égard des réfugiés palestiniens perdurera ».

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Chaker Al-Abssi raconté par son frère

Dans un article publié dans le Monde aujourd’hui et intitulé « De la colère au djihad, le chef du Fatah Al-Islam raconté par son frère », on apprend quelques petits détails sur la vie de Chaker Al-Abssi, qui a vécu à Wehdat (un camp de réfugiés palestiniens au Moyen-Orient), à Amman, en Jordanie. Avant de devenir « commandant du Fatah Al-Islam en guerre contre l’armée libanaise dans un autre camp palestinien, à Nahr Al-Bared« , Chaker était « un enfant qui aimait jouer au ping-pong, doué pour les études ». Il est parti du camp en 1973 en s’engageant dans le Fatah de Tasser Arafat.

Il paraît que  » Wehdat vaut mieux que n’importe quel camp du Liban » selon une cousine de Chaker. Mais c’est un lieu sans espoir. Quarante-quatre ans que j’y vis, sans avoir obtenu de passeport jordanien. » Mais comme le précise l’envoyée spéciale du Monde, Cécile Hennion, « Chaker Al-Abssi, lui, possédait trois passeports : libyen, yéménite et jordanien, avant d’avoir été déchu de cette dernière nationalité en 2003. Les autorités jordaniennes l’ont jugé par contumace et condamné à mort pour son implication dans l’assassinat, à Amman, en octobre 2002, du diplomate américain Lawrence Foley. »

Selon des proches de Chaker, le djihasime international de l’attirait pas. « Sa cause a toujours été la libération de Jérusalem ».

Son frère, « Abdel Razaq, médecin, qui a quitté Wehdat pour Zarqa, un faubourg d’Amman rendu célèbre par Abou Moussab Al-Zarkaoui, le chef défunt d’Al-Qaida en Irak » raconte son parcours à la journaliste: « De la Palestine, Chaker n’a connu que le camp d’Ain Al-Sultan, près de Jéricho. La guerre de 1967 provoque le départ de la famille vers Wehdat, où se trouve une partie du clan Al-Abssi. Chaker a 12 ans et « ce caractère commun à la jeunesse palestinienne des camps qui a vu ses parents humiliés et dépossédés : la colère et la frustration qui conduisent à l’activisme ». Il adhère à une organisation secrète des jeunesses du Fatah et, après son baccalauréat, rejoint l’organisation palestinienne.

« Le Fatah l’aide à obtenir une bourse d’étude en médecine, en Tunisie, en 1973.  » Mais au bout d’un an, il a déclaré qu’il souhaitait étudier une discipline plus utile à la cause palestinienne « , se souvient Abdel Razaq. Chaker veut devenir pilote. Son frère possède une seule photo de lui, posant en uniforme d’aviateur libyen. C’est en Libye que le Fatah lui trouve une place à l’Académie d’aviation où il suit une formation d’au moins trois ans. La période qui suit est floue. Chaker se serait engagé dans la guérilla sandiniste au Nicaragua. »

Puis « il revient au Proche-Orient, se battre aux côtés d’Arafat« , et va au Yemen du Nord en 1982 (lorsque les combattants palestiniens sont dispersés, après le siège israélien de Beyrouth) « où il devient instructeur pour pilotes de chasse. Fin 1983, la discorde s’empare du Fatah. « Chaker reprochait à ses dirigeants d’être corrompus et d’être basés trop loin de la Palestine. Il a rejoint la faction dissidente de Fatah Al-Intifada, dans le camp palestinien de Hajar Al-Assouad, près de Damas », un groupe contrôlé par le régime syrien. »

« Eclate alors la guerre libyo-tchadienne. En signe d’attachement au pays qui l’a formé, il se porte volontaire auprès de l’armée libyenne. Puis s’établit à Tripoli jusqu’à la décision de Mouammar Kadhafi, en 1995, après les accords d’Oslo, de. A partir de là, il effectue des allers-retours au Liban, dans les camps d’entraînement du Fatah Al-Intifada. » « jeter les Palestiniens dans le désert, leur disant qu’ils n’avaient qu’à rentrer chez eux. Mon frère avait obtenu la nationalité libyenne. Personne ne lui demandait de partir. Mais il a vécu cela comme une humiliation et est reparti pour Damas »

« S’opère alors un changement radical. « Chaker est devenu très religieux. Il se rendait à la mosquée tous les jours pour étudier le Coran, qu’il a appris par coeur en trois ans. » Pourquoi ce changement ?  » Les Palestiniens ont essayé le marxisme et le nationalisme arabe. Tout a échoué. Je crois que pour Chaker, l’islamisme était la solution ultime. » Abdel Razaq affirme avoir revu son frère une dernière fois en 2005, à Damas, alors qu’il sortait d’un long emprisonnement en Syrie pour trafic d’armes. Ensuite, il s’est installé à Nahr Al-Bared, au Liban, et a fondé le Fatah Al-Islam. »

« Puis il y a eu les actualités à la télévision, les combats. Et la fièvre dans le camp de Wehdat. (…) « Maintenant, nous attendons qu’il devienne martyr, en espérant que sa mort sera le combustible qui enflammera la cause palestinienne. »

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