Une deuxième vague d’Al Qaeda?

Dans le dernier numéro du magazine Courrier International (Courrier international – n° 858 – 12 avr. 2007) se trouve un dossier/enquête intéressant sur le « Talibanistan ». Ce dossier est intéressant à plusieurs égard, d’autant que les attentats à Casablanca hier et à Alger aujourd’hui confirment la recrudescence de l’activité d’Al Qaeda.

Dans un document sonore disponible sur le site du Monde, Benjamin Stora explique que l’aggravation de la situation sociale et la fermeture de la frontière sud de l’Europe ont aggravé le desespoir social dans la région du Maghreb, mais qu’un aspect politique peut aussi expliquer l’engagement des jeunes: le coté immobile des équipes au pouvoir depuis des dizaines d’années et donc le manque de renouvellement politique expliquent selon lui également une partie de la recrudescence du terrorisme dans cette région africaine.

Mais le dossier de Courrier International va encore plus loin et se concentre surtout sur la région du Pakistan. Il explique dans un article traduit de Mark Mazzetti du New York Times (2 avril 2007 – Late Edition – Final, Section A, Page 1, Column 6), que ces « trentenaires, venus d’horizons divers et rompus à la lutte armée, les nouveaux chefs de l’organisation inquiètent les spécialistes du contre-terrorisme. Plusieurs experts américains du renseignement et du contre-terrorisme assurent qu’Al-Qaida est en train de se reconstruire dans les Zones tribales au Pakistan. Et qu’Oussama Ben Laden s’appuie désormais sur une nouvelle génération de lieutenants pour consolider son contrôle sur les opérations du réseau. Issus de la base, ces nouveaux dirigeants se sont imposés après la mort ou la capture des principaux cadres qui avaient bâti Al-Qaida avant les attaques du 11 septembre 2001.« 

Et « cette capacité de la nébuleuse à se relever de la vaste offensive menée contre elle par les Etats-Unis » inquiète les agences de renseignements américaines. « Depuis plusieurs mois, les autorités américaines, européennes et pakistanaises s’efforcent de reconstituer l’organigramme de ce nouveau leadership en se fondant en partie sur les preuves collectées lors d’enquêtes réalisées ces deux dernières années. Les services de renseignements ont intercepté des communications entre plusieurs agents opérationnels basés dans les Zones tribales au Pakistan, qui leur ont permis d’en apprendre davantage sur la structure d’Al-Qaida, mais le groupe se serait également doté d’un réseau complexe de messagers humains pour échapper aux écoutes électroniques. L’enquête sur le projet d’attentat contre les avions de ligne décollant de Londres a par ailleurs permis de remonter jusqu’au cerveau de l’opération : un commandant paramilitaire égyptien du nom d’Abou Ubaidah Al-Masri, un des leaders d’Al-Qaida pour le Pakistan. Ancien de l’Afghanistan, il ferait régulièrement la navette entre le Pakistan et l’Afghanistan, utilisant les points de passage les plus dangereux et les moins bien gardés de la frontière. Longtemps soupçonné d’être à la tête des opérations de la milice dans la province afghane de Kunar, il serait en fait l’un des principaux stratèges d’Al-Qaida depuis la mort d’Abou Hamza Rabia, un autre Egyptien tué au Pakistan en 2005 par un tir de missile.« 

Al-Masri et autres consors ont amené les experts du terrorisme à revoir leur appréciation de « la vigueur du noyau dur du réseau dans les Zones tribales pakistanaises et son rôle dans des complots terroristes parmi les plus graves de ces deux dernières années. Ils pensent par exemple au projet visant les avions de ligne et les attentats kamikazes de Londres qui, en juillet 2005, ont fait 56 morts. »

Mais alors que plusieurs hauts responsables affirment « depuis plusieurs années que Ben Laden et ses lieutenants ne tiennent plus qu’un rôle secondaire au Pakistan depuis la montée en puissance de la branche irakienne de l’organisation », ces nouveaux éléments forcent les spécialistes à revoir leurs conclusion: « Cette réévaluation a remis à l’ordre du jour la nécessité de collaboration entre les services de renseignements pakistanais et américains, et laisse penser que le démantèlement des infrastructures d’Al-Qaida au Pakistan pourrait contrecarrer des projets d’attaque de grande envergure qui ont peut-être déjà été lancés », mais aussi et surtout, il apparaît que « contrairement à la structure relativement hiérarchisée d’Al-Qaida en Afghanistan avant le 11 septembre 2001, le commandement de l’organisation serait aujourd’hui plus diffus, réparti sur plusieurs centres de planification qui travailleraient de façon autonome et n’entretiendraient pas forcément de contacts suivis avec Ben Laden ou son bras droit, l’Egyptien Ayman Al-Zawahiri », ce qui confirme une fois de plus le caractère particulier de l’organisation d’AlQaeda.

Il s’avère en outre, qu' »on ignore toujours beaucoup de choses sur les nouveaux chefs du réseau, dont certains ont adopté un nom de guerre. Les spécialistes pensent qu’ils auraient en moyenne une trentaine d’années et qu’ils auraient longtemps pratiqué la lutte armée dans des pays comme l’Afghanistan et la Tchétchénie. Ils sont issus d’horizons plus divers que leurs prédécesseurs, qui étaient pour la plupart des combattants égyptiens aguerris. Selon les sources américaines, le nouvel encadrement comporterait plusieurs agents opérationnels pakistanais et maghrébins. Les experts sont convaincus que le conflit irakien produira les futurs leaders du réseau terroriste. “Les djihadistes qui rentrent d’Irak sont beaucoup plus performants que ne l’ont jamais été les moudjahidin qui se sont battus contre les Soviétiques en Afghanistan” [de 1979 à 1989], assure Robert Richer, ancien directeur adjoint des opérations de la CIA en 2004-2005. »

Plusieurs noms sont avancés pour décrire les « étoiles montantes de la nébuleuse qui prépareraient des attentats à l’étranger » (un Marocain, Khalid Habib, et un Kurde, Abdoul Hadi Al-Iraqi, qui est passé en Afghanistan, un Egyptien connu sous le nom d’Abou Jihad Al-Masri et un spécialiste libyen en explosifs du nom d’Atiyah Abd-El-Rahbman, entre autres), mais « les officiels américains reconnaissent ne toujours pas très bien comprendre comment ces cadres opérationnels communiquent avec Ben Laden et Al-Zawahiri. Ils sont également partagés et quelque peu déconcertés à propos du jeu trouble de l’Iran pour mettre la main sur les chefs d’Al-Qaida.« 

Enfin, comme le souligne le journaliste en conclusion, « malgré les dégâts infligés à la structure d’Al-Qaida après les attentats du 11 septembre, les hauts responsables américains continuent de craindre que le groupe ne soit déterminé à lancer une offensive à l’échelle mondiale. “Nous craignons depuis un certain temps que les chefs tentent de reconstruire une chaîne de commandement et une structure organisationnelle”, nous a déclaré Robert S. Mueller III, directeur du FBI. Pour lui, il ne fait aucun doute qu’Al-Qaida prépare “des opérations complexes et de grande envergure”. “C’est se voiler la face que de clamer que la nébuleuse a été anéantie au simple prétexte qu’elle n’a pas attaqué les Etats-Unis depuis 2001”, souligne Michael Scheuer, ancien directeur de l’unité Ben Laden de la CIA. “Al-Qaida continue d’œuvrer dans l’ombre, et avec une nouvelle génération de dirigeants.”

Enfin, pour revenir sur le Talibanistan (une zone « isolée, tribale et profondément conservatrice, cette région frontalière est un monde à part, un territoire hors la loi qui échappe si complètement au contrôle de l’Occident »), il semblerait, toujours selon le dossier de Courrier International, qu' »Au Waziristan, plusieurs types de combattants se côtoient. Il y a d’abord les militants locaux, qui parlent le pachto et s’opposent à Islamabad, le plus souvent pour revendiquer l’autonomie d’un “grand Pachtounistan”. Il y a ensuite plusieurs milliers de militants d’Al-Qaida, venus d’Afghanistan mais aussi d’Asie centrale, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Contrairement aux islamistes locaux, ces derniers ont une vision globale de leur cause et s’entraînent sur place avant de partir commettre des attentats en Afghanistan, en Irak et en Europe. Or les combattants locaux supportent de plus en plus mal leur présence. En mai 2005, les chefs tribaux avaient même signé un accord avec l’armée pour les chasser. En septembre 2006, un nouvel accord de paix entre les locaux et l’armée stipulait que les Waziris devaient dénoncer les terroristes étrangers. De nombreux affrontements opposent ces deux groupes depuis le mois de mars 2007. » Un regain de tension et d’activité remettant fortement en cause la politique américaine dans la région et notamment les différents modes et accords de lutte contre le terrorisme passés entre le Pakistan et les Etats-Unis. Mais nous en reparlerons très bientôt ici!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :