Une explication organisationnelle du terrorisme contemporain…

Jean-Jacques Rosa a publié en novembre 2006 un petit article donnant une explication organisationnelle du terrorisme. En ayant pris connaissance aujourd’hui même, je vous en présente quelques unes des grandes conclusions… Sachant que l’article a été publié en français (« Fractionnalisation et terrorismes, une perspective organisationnelle ») et en anglais/paper in English.

L’idée de l’auteur est que le terrorisme contemporain plus communément qualifié de « terrorisme religieux » (et quelque peu à tort, tant les raisons religieuses sont souvent accompagnées de nombreuses justifications politiques), est en réalité issu d’une mutation organisationnelle, et non idéologique, ainsi que cela est souvent avancé…

Partant du fait que terrorisme et criminalité ordinaire sont des notions proches, et qualifiant le terrorisme actuel de « guerre de petits groupes contre les Etats« , JJ Rosa simplifie l’histoire du terrorisme en opposant le « terrorisme anti-état » au terrorisme d’Etat. Ce point de départ lui permet ensuite d’expliquer la transformation des violences et des terrorismes par une mutation organisationnelle. Les explications psychologiques et économiques du terrorisme ne suffisent plus pour comprendre, dans un cadre général, la « violence essentiellement non étatique, c’est à dire décentralisée, qui répond à des justifications très diverses, régionalistes et sécessionistes, ethniques ou religieuses, ou simplement aux raisons habituelles d’une déliquance urbaine ordinaire, ou un mélange en proportions variables de ces divers objectifs ».

Cette explication est intéressante sous certains aspects, notamment dans la notion de violence compétitive et d’érosion du monopole de la violence d’Etat:

« En effet, puisque cette vague de terrorisme est mondiale elle doit avoir des causes globales communes. Le développement récent de la violence compétitive est la conséquence de l’érosion du monopole de la violence, activité fondamentale et raison d’être principale des Etats. Le recul des Etats laisse place à la croissance des marchés compétitifs et à plus de libertés, mais il permet aussi à une offre de violence compétitive de se développer, qui met en péril les libertés individuelles récemment acquises. La combinaison de paix civile (démocratique ou totalitaire) et de conflits externes entre Etats qui caractérisait la guerre froide, est ainsi remplacée par une combinaison de paix extérieure et d’insécurité intérieure. »

Ajoutant à cette analyse la mutation du rôle et du coût de l’information dans les organisations (« les grandes hiérarchies, firmes comme Etats, prospèrent pour autant qu’elles ont pour caractéristique d’économiser l’information, alors que les plus petites unités doivent procéder à des échanges sur des marchés, ce qui demande une forte consommation d’information. Il s’ensuit que les grandes hiérarchies sont plus efficientes lorsque l’information est coûteuse mais que les petites hiérarchies et les marchés le sont davantage lorsque l’information est bon marché »), JJ Rosa conclut que l’individualisme explique en grande partie « la déliquance accrue et le développement de violences endémiques« . Il en découle que le terrorisme contemporain ne serait qu’une nouvelle forme d’anarchisme:

« Aujourd’hui, contrairement à la période précédente du XXème siècle, « smaller is more efficient » en matière d’action politique et militaire, et les plus grands monopoleurs de violence – les Etats traditionnels – doivent réduire leurs activités et leur présence »

Cela dit, l’analyse de l’auteur devient ensuite assez confuse, mélangeant guerilla, guerre civile et terrorisme, et les statistiques apportées pouvant en effet être reliées entre elles, mais en rien suffisantes pour justifier le propos (notons que les statistiques utilisées viennent essentiellement du Human Security Report 2005)

Enfin, la conclusion de JJ Rosa insiste sur le fait que l’hypothèse soutenue soit justifiée par la baisse des budgets militaires et de défense « au sens large » de la plupart des Etats, ainsi que par la baisse de l’intensité des menaces « telle qu’estimée par les responsables politiques eux-même »… Mais c’est sans apporter de données chiffrées sur la question, ce qui ne donne pas de force au propos et peut être facilement remis en cause. Enfin, JJ Rosa met en avant les coûts sociaux du terrorisme, sans relier cela de manière directe au sujet de l’article…

Pour conclure, ce papier apporte une analyse intéressante, notamment en termes d’analyse organisationnelle, mais la simplification rapide de la notion de terrorisme, alliée à des conclusions dénuées de chiffres rendent l’argumentaire un peu faible. Si des éléments de la conclusion peuvent être utiles en termes de lutte contre le terrorisme (décentralisation des modes de lutte contre le terrorisme, développement accru du marché du renseignement), on attend néanmoins de l’auteur qu’il aille plus loin dans sa réflexion et approfondisse certains points!

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