Africom: une nouvelle stratégie américaine en Afrique?

Un article du Courrier International ce jour reprend l’écrit de K. Selim, du journal Le Quotidien d’Oran. Intitulé « la nouvelle stratégie américaine en Afrique« , l’article met en valeur le fait que Washington soit en train de rechercher un pays d’accueil pour « installer la base de son commandement régional pour l’Afrique (Africom). »

Selon le Le Quotidien d’Oran, « les Américains veulent avant tout un partenaire docile qui servira au mieux leurs intérêts. Le Pentagone est en quête d’un candidat africain pour installer son commandement régional pour l’Afrique (Africom), et apparemment les postulants ne manquent pas. L’Algérie n’en fait pas partie puisqu’elle a très officiellement et publiquement fait savoir qu’elle ne voulait pas de l’Africom ni des bases américaines. La mise au point faite début mars par le ministre algérien des Affaires étrangères avait suscité une réaction américaine sur le mode du « on n’a rien demandé ».

En réalité, et depuis les attentats du 11 avril, les positionnements relèvent bien souvent de la spéculation. Pour Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs, les Etats-Unis pourraient être les instigateurs des attentats, n’ayant pas apprécié la renationalisation des hydrocarbures et le refus de l’Algérie d’accueillir des bases américaines. Mais comme le souligne le Quotidien, ces spéculations ne sont pas plus étayées que « celles qui présentent la zone du Sahel comme particulièrement infestée de djihadistes » celles-ci s’appuyant « sur des sources « sécuritaires » qu’on peut légitimement suspecter d’exagérer. »

Que les suspicions soient légitimes ou qu’elles dérivent en accusation de complot, il s’avère qu’elles restent « très éloignées de la réalité des liens entre les Etats, notamment en matière de coopération sécuritaire. » Une chose transparaît de manière unanime, selon le journal reprenant ici les avis altermondialistes: « la création de l’Africom sous la bannière de la global war contre le terrorisme est directement liée au souci de contrôle des ressources énergétiques. Les futures guerres du pétrole auront lieu en Afrique, disent-ils, et l’intérêt que les Américains manifestent pour le continent africain n’est guère différent de celui qu’ils ont manifesté pour le Moyen-Orient, avec les conséquences que l’on sait. »

Avant de conclure en rappelant que « les Etats-Unis importent 15 % de leur pétrole d’Afrique et la part ne ferait qu’augmenter durant les prochaines décennies » et donc que « l’Africom serait (…) un outil politico-militaire pour assurer le contrôle direct d’un continent devenu un élément de la sécurité énergétique des Etats-Unis. » D’autant que l’annonce de la création de l’Africom a été faite lorsque le président chinois terminait sa tournée en Afrique…

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Attentats aux Etats-Unis: ce que savaient les Français, ce que soupçonne un spécialiste américain…

Le 1er février dernier, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller national de sécurité, a « évoqué la possible organisation par l’administration Bush d’un attentat sur le sol des États-Unis qui serait faussement attribué à l’Iran pour provoquer une guerre ». Lors d’une audition par la Commission des Affaires étrangères du Sénat, il a en effet indiqué : «Un scénario possible pour un affrontement militaire avec l’Iran implique que l’échec irakien atteigne les limites américaines ; suivi par des accusations américaines rendant l’Iran responsable de cet échec ; puis, par quelques provocations en Irak ou un acte terroriste sur le sol américain dont l’Iran serait rendu responsable. Ceci pourrait culminer avec une action militaire américaine « défensive » contre l’Iran qui plongerait une Amérique isolée dans un profond bourbier englobant l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan et le Pakistan »). Cette information n’a pas été relayée par les grands médias, si ce n’est pas le Washington Note ou le Financial Times.

A Washington, les analystes hésitent entre deux interprétations de cette déclaration. Pour les uns, l’ancien conseiller national de sécurité a tenté de couper l’herbe sous les pieds des néoconservateurs et de jeter le doute à l’avance sur toute circonstance qui conduirait à la guerre. Pour d’autres, M. Brzezinski a voulu, en outre, suggérer qu’en cas d’affrontement avec les partisans de la guerre, il pourrait rouvrir le dossier du 11 septembre.

Cette dernière hypothèse pourrait être vérifiée (à la lumière du passé) par ce rapport de la DGSE de 328 pages dont parle Guillaume Dasquié dans un article du Monde (« 11 Septembre 2001: les Français en savaient long ») paru le 16 avril 2007. Comme il le précise, on trouve de tout dans ce rapport: « Notes, rapports, synthèses, cartes, graphiques, organigrammes, photos satellite. Le tout exclusivement consacré à Al-Qaida, ses chefs, sous-chefs, planques et camps d’entraînement. A ses soutiens financiers aussi. Rien de moins que l’essentiel des rapports de la DGSE rédigés entre juillet 2000 et octobre 2001. Une véritable encyclopédie. »

Le journaliste commence par évoquer sa rencontre avec Emmanuel Renoult, actuel chef de cabinet du QG de la DGSE: en constatant que les journalistes ont eu accès à ce rapport, « il ne peut s’empêcher de déplorer une telle fuite, tout en nous laissant entendre que ce paquet représente la quasi-intégralité des productions de la DGSE sur le sujet pour cette période cruciale. En revanche, sur le fond, impossible de lui soutirer le moindre commentaire. Trop sensible. » Lire le reste de cette entrée »

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Les 11 en série… Analyses des attentats du 11 avril…

Après les attentats du 11 avril à Alger, voilà une série d’articles intéressants sur le sujet… Tous font le même constat: Al Qaeda a par ces attentats prouvé une fois de plus sa ténacité et sa capacité à se renouveller.

Cet article de Mussa Acherchour repris de la Nouvelle République (journal Algérois) dans CI, donne la vision locale des attentats du 11 avril:

« Par cette action spectaculaire – la plus spectaculaire depuis plus de dix ans –, la branche maghrébine d’Al-Qaida réussit, à l’évidence, un coup médiatique très précieux, et par-là à briser cette image de groupe décimé ; puisque l’événement d’hier a été médiatisé et suivi en direct dans le monde entier, et ressuscite, du coup, le « syndrome du terrorisme en Algérie, qui n’était plus à la une » des médias internationaux depuis belle lurette.

Vu de l’extérieur, Al-Qaida – ou ce qui s’y apparente – semblait contrainte d’intensifier ses actions dans la région du Maghreb, sans doute pour obtenir la grâce et la reconnaissance de ses maîtres d’Orient, après s’être rebaptisée et mise au service du djihad. Il faut noter, au passage, que le double attentat d’Alger survient juste au lendemain d’un double attentat qui a secoué la ville de Casablanca au Maroc, revendiqué par la même nébuleuse. Ce qui prouve, encore une fois, que toute la région est dans le collimateur de ce réseau transnational. »

Ici, Terrorisme.net fait le point et met en avant le développement de la mouvance en Algérie et au Maroc, soulignant que « si le goût de l’aventure et de l’héroïsme peut sans doute contribuer à expliquer une part de l’engagement de jeunes gens de différents pays pour le jihad en Irak, cela ne suffit pas pour expliquer que tant de candidats au « martyre » surgissent subitement: ils sont convaincus de s’engager dans une cause juste face à des oppresseurs. Les images quotidiennement diffusées sur les chaînes de télévision du monde arabe sur la situation en Irak les indignent et les incitent à vouloir rejoindre les rangs jihadistes – exactement comme d’autres jeunes gens, à d’autres époques, en Occident aussi, ont été prêts à tout sacrifier pour défendre des idéaux.« 

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Une deuxième vague d’Al Qaeda?

Dans le dernier numéro du magazine Courrier International (Courrier international – n° 858 – 12 avr. 2007) se trouve un dossier/enquête intéressant sur le « Talibanistan ». Ce dossier est intéressant à plusieurs égard, d’autant que les attentats à Casablanca hier et à Alger aujourd’hui confirment la recrudescence de l’activité d’Al Qaeda.

Dans un document sonore disponible sur le site du Monde, Benjamin Stora explique que l’aggravation de la situation sociale et la fermeture de la frontière sud de l’Europe ont aggravé le desespoir social dans la région du Maghreb, mais qu’un aspect politique peut aussi expliquer l’engagement des jeunes: le coté immobile des équipes au pouvoir depuis des dizaines d’années et donc le manque de renouvellement politique expliquent selon lui également une partie de la recrudescence du terrorisme dans cette région africaine.

Mais le dossier de Courrier International va encore plus loin et se concentre surtout sur la région du Pakistan. Il explique dans un article traduit de Mark Mazzetti du New York Times (2 avril 2007 – Late Edition – Final, Section A, Page 1, Column 6), que ces « trentenaires, venus d’horizons divers et rompus à la lutte armée, les nouveaux chefs de l’organisation inquiètent les spécialistes du contre-terrorisme. Plusieurs experts américains du renseignement et du contre-terrorisme assurent qu’Al-Qaida est en train de se reconstruire dans les Zones tribales au Pakistan. Et qu’Oussama Ben Laden s’appuie désormais sur une nouvelle génération de lieutenants pour consolider son contrôle sur les opérations du réseau. Issus de la base, ces nouveaux dirigeants se sont imposés après la mort ou la capture des principaux cadres qui avaient bâti Al-Qaida avant les attaques du 11 septembre 2001.« 

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De la torture et de la régression des sociétés…?

Un article d’Alain Frachon dans le Monde du 10 avril 2007 intitulé « Contre Al Qaida, la fin justifie-t-elle les moyens ? » présente un livre paru récemment de Trevor Paglen et Adam Clay Thompson et intitulé « Kidnappés par la CIA: les charters de la torture«  (aux éditions Saint-Simon, 144 pages, 17 €).

Ce livre traite de la torture telle que la pratiquent les Etats-Unis depuis l’apparition et la persistance du terrorisme qualifié de fondamentaliste. Comme le souligne le journaliste, »la plus puissante des démocraties dans le monde a contribué à banaliser cette pratique, donc à la légitimer un peu et a pris le risque d’en encourager l’extension. » Et nombreux sont ceux dénonçant cette »régression démocratique ».

« Parmi ces valeureux, on comptera Trevor Paglen, professeur à l’université de Berkeley, et Adam Clay Thompson, journaliste au San Francisco Weekly. S’appuyant sur leur propre enquête mais aussi sur celles du Washington Post, du New York Times, du New Yorker et d’autres, ils retracent ici l’histoire de ce qu’ils appellent ‘les charters de la torture' », précise Alain Frachon. Avant de poursuivre: « Quand un prisonnier est soumis à des passages à tabac répétés, isolé nu durant des semaines dans une cellule gelée, soumis à des expériences de désorientation sensorielle, menacé de viol, présenté pieds et poings liés à l’assaut d’un berger allemand, soumis à un leurre de noyade qui n’est que la version sophistiquée de la vieille technique de la  » baignoire « , quand il est sujet à ce genre de traitements, il est torturé au sens de tous les traités interdisant cette pratique.« 

« Au nom de la lutte contre Al-Qaida, le gouvernement de George W. Bush a autorisé la CIA à se livrer à ce type d' »interrogatoires ». Seulement, c’était difficile, voire impossible, sur le territoire des Etats-Unis : trop de journalistes, de magistrats, d’élus, d’associations, bref, de contre-pouvoirs. Alors, avec la collaboration de régimes amis, la CIA a déployé dans une demi-douzaine de pays un réseau de « sites noirs »: des prisons secrètes. C’est là que sont livrés les membres d’Al-Qaida ou présumés tels que les agents de la CIA enlèvent ici et là avec ou sans la collaboration des autorités locales. Pour transporter les kidnappés, il faut des avions, des vols discrets. »

Selon l’article, « Trevor Paglen et Adam Clay Thompson révèlent une partie du système de sociétés écrans exploitant les appareils privés – du Falcon au Boeing 737 – qui desservent les  » sites noirs « . Aéroports civils discrets, cabinets d’avocats bidons et autres raisons sociales de complaisance, toute une infrastructure a été mise sur pied. Selon la journaliste Dana Priest du Washington Post, c’est « devenu le plus grand programme d’action clandestine de la CIA depuis l’apogée de la guerre froide ». Dans certains cas, les prisonniers sont rendus à leurs pays d’origine où l’on sait qu’ils vont être torturés de manière encore plus éprouvante. Le programme porte le nom charmant de  » Restitutions extraordinaires  » – en effet. »

Avant de conclure: « des dizaines, voire des centaines d’hommes, ont été, sont toujours, les victimes de cette machine infernale : enlèvement, détention au secret dans un pays tiers, interrogatoires  » renforcés « , en dehors de tout circuit officiel et sans la moindre possibilité de recours. Pour quels résultats ? Devant le Congrès, au début de l’année, les chefs du renseignement expliquent qu’Al-Qaida a reconstitué ses forces…

Trevor Paglen et Adam Clay Thompson ne philosophent pas. Sauf pour observer ceci, à la fin : « Les sociétés qui se mettent à torturer subissent également une transformation. » Elles régressent. C’est l’un des objectifs des terroristes.« 

Les recommandations de Bruxelles en termes de communication sur le terrorisme

Un article de Bruno Waterfield paru dans le Télégraph le 31 mars dernier et intitulé « Don’t confuse terrorism with Islam, says EU » explique comment l’Union Européenne a mis au point un petit code de conduite à destination des portes paroles officiels de gouvernement, afin qu’ils évitent d’allier Islam et terrorisme. Ainsi, des formules « non-offensantes » y sont indiquées, à utiliser lorsque des opérations anti-terroristes sont annoncées ou lorsque les gouvernements communiquent à propos des attaques terroristes… Lire le reste de cette entrée »

Une explication organisationnelle du terrorisme contemporain…

Jean-Jacques Rosa a publié en novembre 2006 un petit article donnant une explication organisationnelle du terrorisme. En ayant pris connaissance aujourd’hui même, je vous en présente quelques unes des grandes conclusions… Sachant que l’article a été publié en français (« Fractionnalisation et terrorismes, une perspective organisationnelle ») et en anglais/paper in English.

L’idée de l’auteur est que le terrorisme contemporain plus communément qualifié de « terrorisme religieux » (et quelque peu à tort, tant les raisons religieuses sont souvent accompagnées de nombreuses justifications politiques), est en réalité issu d’une mutation organisationnelle, et non idéologique, ainsi que cela est souvent avancé… Lire le reste de cette entrée »