Une nouvelle branche d’Al Qaeda?

L’Orient le Jour à Beyrouth et Courrier international – 16 mars 2007

Il semblerait, selon le NYT, qu’une nouvelle organisation liée à Al-Qaida, baptisée Fatah Al-Islam, ait vu le jour à Tripoli. Mise en place par Shakir Al-Abssi, un Palestinien en fuite qui propage l’idéologie d’Al-Qaida, elle menace d’attaques les Etats-Unis. Shakir Al-Abssi, autrefois proche d’Abou Moussab Al-Zarqaoui, un des chefs du réseau islamiste tué en Irak l’été dernier, serait à la tête d’environ 150 hommes. Son organisation serait emblématique de la renaissance actuelle d’Al-Qaida, selon les experts. Mais cette organisation est-elle vraiment proche d’Al-Qaida ou à la solde des services secrets syriens ? Les spéculations vont bon train. Et voilà une interview du chef de cette organisation, Chaker Al-Abssi pour le quotidien beyrouthin francophone L’Orient-Le Jour.

Selon L’Orient le Jour, « ce groupuscule est depuis deux jours sous le feu des projecteurs en raison de son implication présumée dans le double attentat de Aïn Alak. »

« Accusé ouvertement par le ministre de l’Intérieur, Hassan Sabeh, et les Forces de sécurité intérieure d’avoir exécuté cet attentat pour le compte des services de renseignements syriens, le groupuscule a immédiatement démenti son implication en dénonçant la « campagne de diffamation » qui, selon lui, « prélude à un plan hostile visant les camps palestiniens ».

Le chef de Fateh el-Islam, Chaker el-Absi, a accepté de répondre aux questions de L’Orient-Le Jour pour tenter de dissiper le lot de « désinformations », selon lui, concernant sa formation. Dans un entretien qu’il a accepté difficilement d’accorder à une journaliste femme (Jeanine Jalkh), le leader du groupe – un ancien pilote au sein de l’OLP – raconte l’histoire de sa dissidence avec Fateh-Intifada dont il est issu et les raisons, politiques et surtout idéologico-religieuses, qui l’ont poussé à créer son mouvement. Chaker el-Absi persiste et signe : il n’est lié ni de près ni de loin à l’affaire de Aïn Alak. Nous reproduisons à titre indicatif l’essentiel de l’entretien avec le responsable palestinien. »

« L’Orient-Le Jour : Comment définissez Fatah Al-Islam et quels sont ses objectifs ?

Chaker Al-Abssi : Notre groupe se fonde sur le Coran et la charia. Nous sommes un mouvement réformateur qui a été créé [dans un camp de réfugiés palestiniens du nord du Liban] pour venir à bout de la corruption, en brandissant haut dans le ciel de la Palestine le flambeau « Il n’y a de dieu que Dieu ».

Etes-vous proches ou alliés au mouvement Al-Qaida?

Nous l’avons déclaré à plusieurs reprises : notre mouvement n’est allié ni à un régime ni à aucune formation existant sur cette terre. C’est un groupuscule indépendant qui s’inspire du Coran et de la charia.

Quelle est votre attitude vis-à-vis d’Al-Qaida et des moujahidins dans les autres contrées arabes ?

Tous les hommes qui mènent le combat sous notre flambeau, notamment contre les ennemis de Dieu sur terre, sont nos frères. Il en est de même pour tous ceux qui luttent contre ceux qui ont pillé les ressources de l’Oumma, occupé le territoire et bafoué sa dignité.

Quelle est votre position par rapport aux chiites ? Estimez-vous qu’ils soient des mécréants ?

Nous ne qualifions de mécréants que ceux que Dieu ou le Prophète considèrent comme tels. Tous ceux qui sont attachés au Coran et à la charia sont nos frères.

Qui vous finance ?

Les musulmans. Ils le font par le biais des dons et de la zakat. Ceux qui sont prêts à offrir leur sang ne peuvent pas être avares de leur argent.

Que pensez-vous des accusations dirigées contre vous concernant l’explosion de Aïn Alak [attentat à la bombe qui a soufflé mardi 12 février deux bus de transport en commun dans le nord de Beyrouth] ?

Les services de sécurité possèdent non seulement nos noms mais également nos photos. Je les défie d’avancer les photos pour prouver que nous avons eu des rencontres avec les personnes qui sont accusées ou que celles-ci font effectivement partie de notre mouvement. Nous avons plusieurs fois invité et reçu la presse et d’autres personne. Nous avons même accueilli ceux qui travaillent avec les services de renseignement. Ils savent tout de nous. Croyez-vous que les services de renseignement ne sont pas capables de monter tout un scénario contre nous ?

Pourquoi feraient-ils cela, selon vous ?

Nous sommes visés et surveillés à cause de notre position religieuse [fondamentaliste]. Vous savez pertinemment que la question de l’intégrisme est assez sensible pour certains, qui considèrent qu’il s’agit là d’une menace réelle pour l’Etat d’Israël. Nous suivons ce qui se passe en Irak, où un petit groupe a contraint les Américains à reconnaître leur incapacité et à prendre la décision de partir.

Si les forces de sécurité cherchent véritablement un alibi, pourquoi s’en prendre à Fatah Al-Islam et non à un des nombreux autres groupes fondamentalistes du Liban ?

Tous les mouvements islamiques existants ont une ombrelle politique ou sont caractérisés par leur suivisme vis-à-vis d’un Etat donné. Ils ont cru que nous étions le maillon à la fois le plus faible et le plus dangereux, et qu’ils pouvaient nous viser et nous marginaliser par rapport à notre entourage palestinien et libanais.

Etes-vous en faveur de l’assassinat de personnes civiles ou considérez-vous cela comme opposé à vos principes ?

Je rappelle que la religion musulmane interdit l’assassinat de civils sauf en cas de légitime défense ou s’ils s’attaquent à nos propres civils.

Le ministre de l’Intérieur syrien a déclaré que vous avez été emprisonné en Syrie et que vous êtes recherché par les autorités syriennes. Est-ce vrai ?

J’ai été effectivement emprisonné en Syrie, mais pas pour mon affiliation à Al-Qaida, comme il l’a affirmé. J’ai été emprisonné parce que j’ai été accusé d’avoir tenté de mener une opération dans le Golan, pour port d’armes et contrebande d’armes en direction de la Palestine.

Quelle sera votre réaction si vous êtes convoqué par la commission d’enquête internationale [sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et plusieurs autres attentats qui l’ont suivi], une fois que le dossier lui sera transféré ?

La seule légalité que nous reconnaissons est celle de la charia. »

Publicités
Publié dans Presse. 1 Comment »

Une Réponse to “Une nouvelle branche d’Al Qaeda?”

  1. Anne-Sophie Novel Says:

    Précision:

    Issu l’an dernier d’une scission au sein du mouvement pro-syrien Fatah Intifada, le Fatah Al-Islam dit partager les analyses d’Al-Qaida, sans pour autant entretenir de liens opérationnels avec la nébuleuse dont Oussama Ben Laden est l’inspirateur. Son chef, Chaker Al-Abssi, est un Palestinien, mais le groupe comprend aussi des Libanais et des Syriens.

    Beyrouth considère le Fatah al-Islam, dont les communiqués sont diffusés sur des sites Internet utilisés par Al-Qaida, comme une émanation des services de renseignement syriens, ce que Damas dément. Un communiqué censé émaner du mouvement a accusé l’armée d’avoir lancé une attaque délibérée contre lui et menace d' »ouvrir les portes du feu » dans « l’ensemble du Liban » si elle poursuit ses « provocations ».

    L’armée libanaise avait resserré sa surveillance de Nahr Al-Bared à la suite d’un double attentat contre des minibus civils qui avait fait trois morts en février dans une banlieue chrétienne de Beyrouth. Cette action avait été imputée à quatre membres syriens du Fatah Al-Islam. – (Avec AFP et Reuters.)


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :