Al Qaida plus en forme que jamais!

Par Bruce Hoffman*. Extraits, d’après un article du Courrier international – n° 852 – 1er mars 2007 – Article en Version Originale: « Remember Al Qaeda? They’re baaack », dans le Los Angeles Times du 20 février 2007

(…) « On parle souvent d’Al-Qaida comme d’une organisation en repli, incapable d’organiser des attentats d’envergure, privée de commandement, dont les membres se terrent dans des grottes reculées du Waziristan [zone tribale du Pakistan, frontalière de l’Afghanistan]. Or la réalité est tout autre : loin d’être en déroute, Al-Qaida est en plein essor. Après les revers subis lors des premières phases de la guerre contre le terrorisme, elle s’est reconstituée et réorganisée, et elle rassemble actuellement ses forces, bien décidée à poursuivre le combat épique qu’elle a commencé il y a plus de dix ans.

Elle est loin d’être affaiblie au point de devoir se rabattre sur des cibles plus accessibles comme les hôtels et les transports en commun ; bien au contraire, Al-Qaida reste fidèle à son mode opératoire habituel : des attentats simultanés et spectaculaires contre des objectifs toujours plus protégés.

Les enquêtes en cours indiquent que les récentes attaques commises ou manquées – le projet d’attentats suicides simultanés déjoué en 2004 aux Etats-Unis, les attentats de Londres en juillet 2005 et la tentative avortée en août 2006 qui visait à faire exploser dix avions au-dessus de l’Atlantique – ont toutes été coordonnées d’une manière ou d’une autre par Al-Qaida, et non par des groupes terroristes locaux et indépendants.

Sur les attentats de Londres, les autorités britanniques avaient initialement conclu qu’ils avaient été perpétrés par des musulmans britanniques mécontents qui s’étaient radicalisés et opéraient exclusivement au sein du pays. Mais il est apparu par la suite que le chef de la cellule, Mohamed Sidique Khan, et un autre des poseurs de bombe s’étaient rendus dans des camps d’entraînement au Pakistan entre fin 2004 et début 2005, et qu’ils y avaient rencontré des membres d’Al-Qaida. En outre, peu après les attentats de Londres, une source digne de foi travaillant pour les services de sécurité britanniques a reconnu Khan à la télévision et a affirmé l’avoir vu dans un camp d’Al-Qaida en Afghanistan en 1999 ou 2000.

Exactement un an avant les attentats de Londres, les autorités britanniques et américaines avaient déjoué le projet d’une cellule d’Al-Qaida basée à Londres visant à frapper simultanément la Bourse de New York, le Prudential Center de Newark, dans le New Jersey, et les sièges du FMI et de la Banque mondiale à Washington. La piste menait là aussi au Pakistan.
Quant au projet d’explosion simultanée de plusieurs avions de ligne américains durant l’été 2006, il a été déjoué après que des arrestations effectuées au Pakistan eurent conduit les enquêteurs britanniques et américains à une autre cellule terroriste au Royaume-Uni.

En janvier dernier, cette inquiétante résurgence a provoqué un revirement spectaculaire dans l’appréciation faite par l’administration Bush de la menace Al-Qaida. Se démarquant de la ligne maintenue depuis longtemps par la Maison-Blanche, John D. Negroponte, le patron des services secrets sur le départ, a brossé dans son rapport annuel devant la commission du Renseignement du Sénat le tableau inquiétant d’un mouvement extrêmement résistant et ayant renforcé ses liens opérationnels avec des groupes associés au Proche-Orient, en Afrique du Nord et en Europe.

Cette stupéfiante résurrection d’Al-Qaida sous les yeux des forces militaires américaines stationnées le long de la frontière au sud de l’Afghanistan a de quoi étonner. Comment se fait-il que le pays le plus puissant du monde puisse mener depuis six ans une guerre sans concession contre le terrorisme – y engageant des sommes faramineuses et sa réputation internationale – pour s’apercevoir en fin de compte que la principale cible de ces efforts herculéens est toujours en pleine forme ?

Avec le recul, il s’avère que l’Irak nous a empêchés d’envisager l’éventualité d’une renaissance d’Al-Qaida. L’enlisement des Etats-Unis en Irak a accaparé toute l’attention et les ressources de l’armée et du renseignement américains, au moment même où Oussama Ben Laden et les autres dirigeants d’Al-Qaida étaient aux abois et avaient le plus à gagner de l’inattention des Américains. Qui plus est, alors même que le président nous rassurait en affirmant que “nous combattions les terroristes là-bas pour ne pas avoir à les combattre chez nous”, Al-Qaida se reconstituait. »

Bruce Hoffman* Los Angeles Times

* Professeur à l’université Georgetown et chercheur au Combating Terrorism Center de l’académie militaire américaine de West Point, il est l’auteur de La Mécanique terroriste (Calmann-Lévy, 1999).

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